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Au Togo, le travail des enfants est négativement corrélé à leur scolarisation

Le travail des enfants est un fléau mondial, généralement développé dans les pays du tiers monde. Ce phénomène détourne souvent l’enfant de l’école, l’empêchant ainsi d’acquérir le capital humain nécessaire au développement du pays. Ce fléau mérite donc une attention particulière. Eric TCHAWALASSOU(*) présente la situation du Togo à partir d’une étude réalisée en 2008 par la Direction Générale de la Statistique et de la Comptabilité Nationale (DGSCN).

L’enquête de base, effectuée au Togo, sur le travail des enfants, indique que plus de 80% des enfants enquêtés combinent école et travail; ce phénomène est fréquent en milieu rural. De plus, les estimations révèlent que, le milieu de résidence, l’âge de l’enfant ainsi que la situation socioéconomique du ménage sont des facteurs explicatifs du travail des enfants. Ces résultats montrent aussi que, le travail des enfants est négativement corrélé à leur scolarisation. Ce qui voudrait dire au fil du temps, le temps alloué au travail devient plus important qu’à celui de l’école ; entraînant ainsi l’enfant à quitter précocement le monde scolaire au détriment de celui du travail.

Ce document présente sommairement une revue de littérature théorique sur le travail des enfants et décrit les principaux résultats suscités au préalable.

  1. Revue de littérature

Le problème du travail des enfants est abordé sous deux approches.

La première approche se rapportant à la pauvreté, analyse les impacts sur le bien-être des ménages de la décision parentale de mettre les enfants sur le marché du travail. Dans cette approche, les parents font un arbitrage entre travail et loisir des enfants en fonction de leurs revenus.

Dans la deuxième approche, les parents arbitrent entre éducation et travail des enfants. Cette approche se référant non seulement à la pauvreté du ménage mais aussi aux imperfections du marché des capitaux, étudie l’impact du travail des enfants sur le bien-être futur de ceux-ci.

  1. Résultats de l’étude

Effet du milieu de résidence : Nous constatons une influence du milieu de résidence au seuil de 1% sur le travail des enfants.

En effet, la probabilité qu’un enfant travaille augmente de 4% lorsqu’il passe du milieu urbain au milieu rural. Les enfants du milieu rural sont donc plus exposés au travail que ceux du milieu urbain, ce qui peut s’expliquer par le manque d’équipement moderne dans les travaux exercés en milieu rural.

Effet du niveau d’instruction du chef de ménage : Par rapport aux enfants dont le chef de ménage n’a aucun niveau, la probabilité qu’un enfant travaille diminue de 7% (seuil de 10%) lorsque le chef de ménage a un niveau supérieur. Par contre, la probabilité que l’enfant soit scolarisé augmente de 3% (seuil de 5%) et 5% (seuil de 1%), si le chef de ménage est de niveau primaire et de niveau secondaire respectivement.

Effet de l’âge : Au seuil de 1%, une année supplémentaire de l’âge de l’enfant augmente respectivement de 13% et 20% la probabilité qu’il soit économiquement occupé et la probabilité qu’il soit scolarisé. La valeur négative du coefficient lié à la variable âge au carré divisé par cent indique que la probabilité augmente fortement avec l’âge dans les premières années, puis croît de moins en moins au fur et à mesure du temps, pour ensuite s’estomper. Le fait que la probabilité que l’enfant travaille croisse avec l’âge semble normal (car plus l’enfant prend de l’âge, plus sa force physique augmente). En effet, les travaux qu’exercent les enfants sont habituellement des tâches manuelles et physiques.

Redoublement et travail des enfants : La probabilité qu’un enfant travaille augmente de 17% s’il n’a jamais été à l’école par rapport à un autre qui a été scolarisé et qui n’as jamais repris de classe au cours de son cursus scolaire.

Effet de la richesse du ménage : Nous notons une influence de la richesse de ménage sur le travail des enfants et sur leur scolarisation au seuil de 1%. 

La probabilité d’être économiquement occupé baisse de 9% et celle d’être scolarisé de 10% lorsque l’enfant vit dans un ménage ″non pauvre″ par rapport à un ″ménage pauvre″. Toutes choses égales par ailleurs, les ménages ″non pauvres″ sont adverses au travail des enfants et les ménages pauvres envoient d’avantage leurs descendants à l’école; dans le souci de sortir de la pauvreté et garantir un avenir meilleur à ces enfants; ce qui va dans le sens de l’hypothèse ″d’altruisme des parents″.

Effet enfant confié : Le fait d’être un enfant confié ou pas explique, respectivement au seuil de 5% et 1%, la probabilité qu’un enfant travaille et la probabilité qu’il fréquente.

Nous remarquons une baisse de 5% de la probabilité qu’un enfant travaille et qu’il est confié au ménage par rapport à son homologue qui est non confié. De même, nous notons une diminution de 7% de la probabilité qu’un enfant confié au ménage fréquente, par rapport à s’il est non confié. Cette baisse de la probabilité peut être due, à la non prise en compte des travaux domestiques non rémunérés dans la définition du travail des enfants.

Effet du travail des enfants sur la scolarisation : Le travail des enfants décrit au seuil de 1% la scolarisation des enfants. Toutes choses égales par ailleurs, la probabilité de scolarisation d’un enfant diminue lorsque celui-ci est économiquement occupé. Ainsi, un enfant qui travaille a 27% moins de chance d’être scolarisé par rapport à son semblable qui n’est pas économiquement occupé. Ce qui va dans la même portée que l’étude de Heady (2000), le travail des enfants a donc un impact négatif sur la scolarisation des enfants du Togo.

Le genre et la scolarisation des enfants : le genre influe au seuil de 1%, positivement sur la scolarisation. Il est à noter que, la probabilité de scolarisation augmente de 5% lorsque l’enfant est du genre masculin. Ceci confirme les présomptions faites dans l’analyse descriptive selon lesquelles, les femmes sont marginalisées. Comme nous l’a montré l’effet de la richesse des parents, les pauvres scolarisent plus leurs enfants. Ils subissent donc un coût d’investissement. Afin de réduire les pertes que pourraient engendrer cet investissement, ils préfèrent investir sur les enfants qui ont le moins de risque d’échec et qui pourront aisément terminer les études. Généralement, les filles sont exposées à plus de risque (par exemple une grossesse précoce) qui peut estomper leur étude par rapport aux garçons; ce qui peut expliquer ce résultat.

(*)Eric TCHAWALASSOU est Ingénieur Statisticien Économiste, Responsable Marketing Intelligence & Etudes à Moov Togo. Formé à l’Ecole Nationnale de Statistique et d’Economie Appliquée (ENSEA) d’Abidjan, il est un passionné d’Éducation et de Stratégie