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Bondoukou : comment la pauvreté des parents expose leurs filles élèves aux risques de grossesses

Lutte contre les grossesses en milieu scolaire

La problématique des grossesses en milieu scolaire en Côte d’Ivoire, donne du fil à retordre au Ministère de l’Education Nationale, malgré la campagne « zéro grossesse » lancée il y a deux années maintenant. Pour comprendre ce phénomène, du moins pour en savoir les causes profondes, nous nous sommes rendus au Collège Balzac de Bondoukou pour nous imprégner tant soit peu de ce qu’il en est dans le Zanzan. Sur place, nous avons rencontré une Educatrice qui nous a permis d’échanger également avec une élève porteuse de grossesse.

Selon les informations reçues lors des entretiens, plusieurs facteurs contribuent à l’expansion du phénomène des grossesses en milieu scolaire à Bondoukou.

Le premier facteur, c’est le problème des logements. En effet, il est difficile, de nos jours, de trouver un tuteur pour son enfant ; de même, les foyers et autres internats sont inexistants dans la plupart des établissements scolaires. Ainsi, selon notre interlocutrice, les parents des élèves, n’ayant pas suffisamment de moyens financiers pour prendre une chambre pour leur(s) enfants(s) seul(s), se mettent ensemble avec d’autres parents tout aussi à court de moyens, pour prendre une chambre, peu commode d’ailleurs, pour un groupe d’élèves dont le nombre varie en général entre 5 et 7 voire 10. Et dans cette cohabitation, il n’est pas rare de trouver des filles et des garçons, de familles différentes, loger dans la même chambre. La chair étant faible, les jeunes se livrent à des pratiquent plutôt pas très catholiques qui débouchent parfois sur des grossesses non désirées.

Le second facteur, c’est le quasi abandon des enfants par leurs parents, une fois les courses de la rentrée terminées. Livrés à eux-mêmes quant à la nourriture, et souvent pour l’achat de certaines fournitures scolaires ou le paiement du loyer, si les garçons s’en sortent mieux en s’adonnant à quelques petits métiers, les filles elles, n’ont d’autre choix que de livrer leur jeune corps à toute personne qui se propose de leur donner de quoi satisfaire leurs besoins, ne serait-ce qu’un jour. Le faisait, elles s’exposent à des risques de grossesses, sans oublier les risques d’attraper une infection sexuellement transmissible.

Finalement, ce sont les hommes des petits métiers que profitent de cette « livraison » de ces adolescentes, sans défense. Des coiffeurs, cordonniers, gérants de cabines téléphoniques, apprentis gbaka, chauffeurs, ferronniers, mécaniciens, tous y passent, ne laissant que très peu de place aux fonctionnaires et agents de l’Etat. Par exemple, selon l’Educatrice, un parent qui, ne pouvant payer le transport aller-retour pour se rendre en ville, a préféré remettre à l’apprenti d’un mini car, un sac d’igname pour sa fille, avec le contact téléphonique de cette dernière. Arrivé en ville, l’apprenti attend 22h avant d’appeler l’élève pour lui donner rendez-vous chez lui, afin qu’elle récupère son colis. L’élève, qui ne se doutait de rien, s’y rend. A son arrivée, l’apprenti la convainc d’avoir des rapports sexuels avec lui. La fille est ainsi tombée enceinte, et a dû mettre un terme à ses études. Les chiffres qui appuient l’exposé de l’Educatrice sont éloquents : sur 18 cas de grossesses l’année scolaire dernière, 3 ont pour auteurs des fonctionnaires, 1 d’un élève, et 14 sont l’œuvre des gens des petits métiers. Les personnels enseignants et d’encadrement, pourtant indexés en amont comme les principaux auteurs de ces grossesses à risque, sont pratiquement absents de la liste.

Comme nous le voyons, la principale cause de l’expansion des grossesses en milieu scolaire, c’est la pauvreté des parents, à laquelle vient s’ajouter la conception culturelle Abron, Koulango et Lobi qui voient l’enfant qui va naître comme un don de Dieu. Et les élèves les plus exposés, sont celles des classes de 6ème et 5ème.

C.L., ce sont les initiales du nom d’une jeune élève que nous avons rencontré au bureau de l’Educatrice. A 18ans, reprenant la classe de 3ème, elle est enceinte d’un étudiant qui réside à Abidjan dans le cadre de ses études. Quand on lui demande comment elle s’est trouvée enceinte de ce dernier, elle nous répond que c’est l’étudiant qui, depuis l’année scolaire dernière, l’aide en payant sa scolarité. Vivant chez sa grand-mère, avec des parents séparés, elle a accepté d’être avec l’étudiant (qui lui promet mariage) afin de poursuivre ses études au moins jusqu’au baccalauréat. C.L. comprend les difficultés qui l’attendent dans sa double vie d’élève et de future mère, mais elle a décidé de garder la grossesse afin de préserver sa vie, car elle veut un jour travailler elle aussi.

En ce début d’année 2016-2017, ce sont 4 cas de grossesses déjà signalés au Collège Balzac de Bondoukou. Et comme les années précédentes, l’Educatrice aide comme elle le peut, psychologiquement, mais aussi en prenant en charge les enfants de certaines élèves-mères, afin de leur donner la chance de continuer leurs études.

Comme solution, notre interlocutrice pense que la construction massive de foyers des jeunes filles et des garçons séparément, avec des maitres d’internats bien formés, pourra résoudre le problème de logements des élèves, et les exposera moins aux « prédateurs de chair fraiche » qui, dans un grand nombre de cas, sont incapables de s’occuper de la nouvelle mère et de son enfant. Aussi, demande-t-elle aux autorités de « descendre » sur le terrain pour toucher de près les réalités des écoles. En effet, la campagne « zéro grossesse » n’a pas produit les résultats escomptés parce que les personnels des écoles ne sont pas les auteurs dans plus de 95% des cas des grossesses des élèves. Et le Ministère ne possède aucun moyen de pression sur les vrais auteurs. Il vaut donc mieux priver le chien de la viande plutôt que d’essayer de l’empêcher toucher à ce qui est à sa disposition.

Doh Koué