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Comment j’ai motivé Raïna, une élève albinos de 13 ans pour ne pas quitter l’école

Image d'illustration

Faute d’une bonne prise en charge, plusieurs élèves à besoins spécifiques, sortent si précocement du système éducatif. Pourtant, il suffit d’un peu d’organisation, d’attention, sans besoin de grands moyens financiers, et les résultats sont souvent surprenants. Tel fut le cas Raïna une élève albinos.

Raïna est une élève albinos de 13 ans, en classe de 5ième au Lycée Municipal de Brobo, au cours de l’année scolaire 2015-2016. Étant en stage dans ledit lycée, et y étant arrivé en fin du 1er trimestre, j’ai constaté que les moyennes de la jeune fille sont très faibles de façon général. Curieux de comprendre les raisons d’une telle contre performance (motivé sûrement par la formation reçu sur ma prise en charge des élèves à besoins scolaires spécifiques), je l’ai convoquée pour échanger avec elle et tenter de l’aider.

La première des choses qui nous frappe à son arrivée, c’est qu’elle a du mal à voir nettement, et ne porte pas de verres correcteurs. Voulant savoir si elle n’en avait jamais eu, elle répond qu’elle les a « cassés » elle-même. Pourquoi ?

  • Parce que je ne veux plus venir à l’école. Répond-elle sèchement.
  • Qu’est ce qui se passe pour que tu veuille mettre fin à tes études ? Tu es pourtant si jeune, et bien partie pour réussir.
  • Monsieur, commença-t-elle à expliquer, je veux retourner à Prikro chez mon papa. Là-bas au moins, c’est mieux. Ici, à la maison comme à l’école, on se moque de moi. Ma tantie chez qui je suis, dit que je suis sorcière. A l’école ici, même les professeurs se moquent de moi. La dernière fois, je n’ai pas bien répondu à une question de M. X, il m’a dit : « je vais te gifler tu vas noircir en même temps ». Depuis ce jour, les élèves me provoquent avec la même expression.

Le décor était ainsi planté. J’ai tenté de raisonné Raïna, et je lui promis de l’aider ; ce qu’elle accepta. Chaque matin, depuis notre rencontre, elle passe au bureau à 10h, pour me dire bonjour. Comment faire pour l’aider, non seulement à se maintenir à l’école, mais pour relever ses moyennes ?

Je me suis alors décidé à en parler avec son Éducateur et ses enseignants (sans toutefois leurs expliquer tous les problèmes de l’élève).

Auprès de l’Éducateur (qui a été très réceptif), j’ai plaidé pour qu’il suive les présences de Raïna, de l’exhorter à être assidue et si possible de me faire part des constats pour qu’on essaie de sauver son année.

Concernant les enseignants, peu sont ceux qui se sont prêtés à ma démarche. J’ai toutefois expliqué le cas à un professeur stagiaire, mon voisin d’habitation. Lui, m’a compris, heureusement.

L’exercice consistait en ceci :

  • Faire asseoir Raïna à la première table
  • Écrire un peu plus gros au tableau que d’habitude afin qu’elle puisse y lire
  • Lui laisser un peu plus de temps lors des évaluations (discrimination positive)
  • Ne pas porter en son endroit des propos discriminatoires et s’assurer que les autres élèves s’en abstiennent.

Les premiers résultats de notre stratégie n’ont pas tardé :

  1. Raïna reprend confiance en venant se confier à son Éducateur et à moi
  2. Le prof est étonné de la réaction de la jeune fille. Elle réagit très bien à son cours
  3. La première évaluation qu’il a faite avec la classe, notre albinos s’en est sortie avec une note de 16/20.

Sans surprise donc, sa moyenne s’est améliorée au 2ème trimestre, du moins dans cette matière. Mais la moyenne générale est encore insuffisante pour la voir aller en classe supérieure ; et il faudrait un exploit au 3ème trimestre pour y parvenir.

Mon stage étant terminé fin avril, j’ai dû confier la fille à mes deux collaborateurs. Elle a finalement été admise à reprendre la 5ème ; un soulagement car elle aurait pu être exclue vu ses premiers résultats.

Malheureusement, dernièrement, j’ai appelé l’Éducateur pour avoir des nouvelles de Raïna, celui-ci m’a répondu qu’elle pas revenue à l’école depuis la rentrée. Elle n’a fait aucun transfert. On pourrait donc dire qu’elle a raccroché, hélas !

Comme Raïna, plusieurs élèves albinos ont dû abandonner les études, poussés à la porte de sortie par les acteurs mêmes du système éducatif : parents d’élèves, professeurs, Éducateurs, et l’État qui n’a rien prévu en vue de leur prise en charge.

Pour nous, Éducateurs, c’est un devoir d’aider ces enfants. Nous sommes parfois un refuge pour eux, car la société les marginalise déjà suffisamment. Même si l’État n’y a pas pensé, donnons-nous les moyens de sauver les études des élèves albinos pour leur donner une chance de réussite sociale.

« L’éducation est un droit fondamental de l’être humain. C’est une condition essentielle du développement durable ainsi que de la paix et de la stabilité à l’intérieur des pays et entre eux, et donc le moyen indispensable d’une participation effective à l’économie et à la vie des sociétés du XXIe siècle soumises à un processus de mondialisation rapide« , Cadre d’action de Dakar – L’Éducation pour tous: tenir nos engagements collectifs (2000)