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Conférence: ÉRADIQUER LA VIOLENCE EN MILIEU SCOLAIRE : QUELS MOYENS POUR Y PARVENIR ?

Doh Koué

Invité par la section Brobo de la Jeunesse Etudiante Catholique (JEC) à prononcer une conférence dans le cadre de leur Journée Action Ecole, je partage dans ce billet, en 2 parties, l’intégralité de mon intervention sur la problématique de la non violence en milieu scolaire.

INTRODUCTION

Parler de la violence en milieu scolaire, c’est aborder l’un des problèmes centraux qui minent les rapports entre les membres de la communauté scolaire et dont la résolution créera, à coup sûr, un climat propice à l’apprentissage et à l’épanouissement tant des élèves que des personnels enseignants, administratifs et d’éducation.

Comme phénomène social, sa résolution passe par un même niveau d’information sur ce qu’est la violence en général, sur la violence lorsqu’elle entre dans l’espace scolaire, les dangers auxquels elle expose chaque acteur de la communauté scolaire, qui pousse finalement tout le monde à chercher à y mettre un terme.

C’est surement dans cette veine que s’inscrit l’action de la JEC en initiant ce programme d’Action Ecole.

En décidant de porter un regard sur le phénomène de la violence en milieu scolaire qui, du reste, ternit l’image de l’école ivoirienne, la JEC nous invite tous à un comportement exemplaire afin de faire de nos écoles, des cadres où il fait bon vivre, où tous se sentent en sécurité, et où l’on a envie d’apprendre et de transmettre le savoir, le savoir-faire et le savoir-vivre.

Dans cet exposé, après quelques définitions pour tenter de cerner le thème à nous soumis, nous ferons un détour rapide dans l’univers sombre de la violence en milieu scolaire, avant de terminer en nous exhortant à la culture de certaines vertus susceptibles de faire reculer la violence pour instaurer un climat de paix et de sécurité à l’école.

  1. QUELQUES DEFINITIONS SUCCINCTES
  • Violence

La violence est un mal physique ou moral infligé délibérément à autrui. Autrement dit, faire violence à mon prochain, c’est l’avoir décidé, en sachant que je vais lui faire mal, et lui infliger ce mal quand même.

C’est dire que, si je fais du mal à mon camarade sans faire exprès, cela n’est pas un acte de violence.

La violence peut rendre plusieurs formes :

–  La violence physique : il s’agit d’une violence qui porte atteinte à l’intégrité physique de l’individu.

Exple : les coups et blessures

–  La violence morale : ce sont tous les actes et/ou paroles qui peuvent porter atteintes à la dignité de l’autre. Nous avons entre autres les moqueries, les injures. La violence morale, c’est aussi les cas d’incivisme, c’est-à-dire de non respect des règles qui régissent la société ou le non accomplissement de ses devoirs ; ce qui peut être source de désordre et peut même conduire à la violence physique.

–  La violence économique : Elle s’exerce en général par la destruction des biens ; comme par exemple les élèves qui, mécontents, se mettent à casser les installations de leur école, à vandaliser les commerces, etc.

–  La violence sexuelle : C’est toute forme d’agression sexuelle. Elle va de l’exhibitionnisme à l’abus sexuel (ou viol) en passant par les harcèlements.

–  La violence via internet : C’est une nouvelle forme de violence qui est très nocive car elle a un champ de propension très vaste et se repend à un rythme incalculable avec des conséquences tout aussi incalculables qu’irrémédiables. Exple : le harcèlement à la vidéo, la mise en ligne d’enregistrements (audio ou videos) compromettants : sextapes, bagarres, etc.

  • Violence en milieu scolaire

Malheureusement, toutes ces formes de violences que nous venons de citer existent aussi dans les écoles.

Nous en parlerons plus largement dans le II.

  • Eradiquer

De son étymologie latine, éradiquer vient de « éradicare », formé à partir du préfixe « ex » qui signifie hors, en dehors de, et du nom « radix » qui veut dire racine. C’est dire qu’éradiquer renvoie à l’idée d’arracher à partir de la racine ; donc de faire en sorte que ce qu’il s’agit d’éradiquer, n’existe plus et ne soit plus capable de reprendre forme après notre action.

Dans le cas spécifique de la violence, il serait ainsi trop prétentieux de notre part de parler d’éradication. Je proposerais de cette façon que nous parlions plutôt de lutter contre la violence en milieu scolaire.

  • Moyens

Dans le contexte qui est le nôtre, le moyen, c’est « ce dont on dispose pour  parvenir à une fin », c’est-à-dire la voie que nous devons emprunter, les dispositions que nous devons prendre, les ressources que nous devons mobiliser afin de parvenir à mettre un terme, ou du moins à freiner le phénomène de la violence en milieu scolaire.

   2.   LA PROBLEMATIQUE DE LA VIOLENCE EN MILIEU SCOLAIRE

  • Bref historique de la violence scolaire

La violence à l’école n’est pas un phénomène nouveau ; elle existe depuis l’Antiquité, et sa pratique ainsi que son évolution sont liées à la conception que l’on a de l’enfant et de l’éducation.

Jusqu’au XIXe siècle, l’enfance est considérée comme un état de sauvagerie duquel il faut sortir l’enfant afin l’amener à l’humanité. Cela dit, il faut utiliser tous les moyens afin de « tuer » en l’enfant l’animal qui y est en miniature. Ainsi, châtiment corporel, intimidation, corvées, même d’autres formes de punitions plus sévères, tout y passe.

A partir du XXe siècle, la définition de l’enfance a évolué en Occident. Désormais, en lieu et place d’un être brut qu’il faut sauver de la sauvagerie, l’enfant est vu comme un être innocent, candide, que l’on amène peu à peu sur la voie de la raison par l’éducation. De cette nouvelle conception de l’enfance, la conséquence est qu’il ne faut pas le brutaliser au risque de le perturber et de perturber le rythme de l’apprentissage de l’enfant confié en notre soin.

Aujourd’hui, avec la déclaration des Droits des enfants, l’enfant semble être un être en danger face à son éducateur, son enseignant duquel il faut le défendre ou l’amener à se défendre. Dans ce nouveau contexte, l’usage de la violence semble équilibré entre le maître et l’élève, à tort ou à raison.

  • La violence dans l’école aujourd’hui

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la violence dans toutes ses formes, a fait son entrée dans les écoles en Côte d’Ivoire, elle s’est accrue après les crises de 2002 et de 2011, et est renforcée par une intrusion inadaptée des Droits des enfants dans notre système éducatif.

Aussi, la violence prend-elle plusieurs visages dans l’espace scolaire :

–  Violence des personnels sur les élèves : c’est la forme classique de la violence à l’école. Elle se manifeste par des châtiments corporels (chicotes, pompes, etc.), par des injures et propos humiliants en l’encontre de certains élèves, par le harcèlement sexuel ou les abus sexuel contre notes/moyennes (NST, MST).

–  Violence entre élèves : il peut s’agir de bagarres entre individus ou entre groupe d’élèves, de simples chahuts ou des moqueries qui peuvent être humiliants pour leurs camarades.

–  Violence des élèves contre les personnels : Ce type de violence devient de plus en plus récurrent dans les écoles ivoiriennes, avec des lynchages, des embuscades, des boudes, des propos injurieux, le refus d’exécution d’ordres, et même des meurtres.

–  Violence institutionnelle : Ici, c’est une forme de violence produite par le système éducatif même. Des infrastructures inexistantes ou inadaptées qui sont une réelle frustration pour les élèves et les personnels, et qui peuvent être à la base de soulèvements.

  • Quelques causes de la violence en milieu scolaire

Nous retiendrons deux causes principales :

–  Causes liées au système éducatif: le système éducatif crée des frustrations qui sont souvent à la base d’actes de violences.

–  Causes liées à la famille et à la société: cette violence vient aussi du comportement indésirable des élèves qui troublent le bon déroulement des cours. On peut pointer du doigt, le sens moral des élèves, le manque de repères, de normes et de valeurs, l’intolérance ; des facteurs qui sont le reflet des préjugés, du mépris à l’égard de certains groupes ou de certaines classes sociales que véhicule sa société d’appartenance ou sa famille.

Par ailleurs, la situation économique (chômage, pauvreté, etc.) ou sociale (insécurité, guerre) peut avoir des répercussions sur le comportement des élèves.

Il y a aussi des problèmes familiaux mal vécus que certains (élèves comme enseignants) viennent déverser à l’école.

  • Les conséquences de la violence dans l’espace scolaire

Si l’on peut admettre que « qui aime bien châtie bien« , force est de reconnaitre que la violence cause plus de tort à celui qui en est victime et en fait même un potentiel bourreau ; la violence perpétue la violence.

A l’école, nous pouvons noter comme conséquences :

  • La création d’une atmosphère d’insécurité, de méfiance, et de peur plutôt que de respect
  • La contre-performance d’élèves et le décrochage scolaire
  • La contre-performance des enseignants
  • L’avenir de la société se trouve là hypothéquée
  • La mort
  • La prison

A SUIVRE DANS LE III… QUELQUES DISPOSITIONS POUR UNE ECOLE APAISEE

Doh Koué