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Côte d’Ivoire : SOS pour la formation professionnelle

Au moment ou son Excellence Allassane Ouattara débute son second mandat comme Président de la Côte d’Ivoire à l’issu du scrutin présidentiel du 25 octobre 2015, je voudrais ici lancer un SOS pour la formation professionnelle.

Dans le cadre d’une étude que j’ai réalisée pour le compte de la Fondation ATEF AMOIS, j’ai eu la chance de d’approcher de plus prêt la réalité de cet ordre d’enseignement. Ancien élève du Lycée Technique d’Abidjan, Professeur Certifié des Lycées et collèges de Côte d’Ivoire et actuellement Enseignant-Chercheur au Département des Sciences de l’Éducation à l’ENS d’Abidjan, je connaissais plus ou moins les problèmes du secteur de l’éducation/formation en Côte d’Ivoire de façon générale. Mais l’étude de la FATOM m’a fait toucher de plus prêt la réalité particulière de la formation professionnelle en Côte d’Ivoire.

De façon sommaire, je dirai que la Formation Professionnelle en Côte d’Ivoire est logée au Ministère d’État, Ministère de l’Emploi, des Affaires Sociales et de la Formation Professionnelle (MEMEASFP). Elle compte 59 établissements publics dont 7 du secteur tertiaire, 10 mixtes et 42 du secteur industriel. Dans ces établissements, il y a 74 filières de formation couvrant 13 corps de métiers. Les diplômes préparés sont :

  • Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) en 2ans

  • Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) en 3ans

  • Brevet d’Etude Professionnelle (BEP) en 2ans

  • Brevet du Technicien en (BT) en 3ans

  • Brevet Professionnel en (BP) en 3ans ;

Théoriquement, les niveaux de recrutement sont le CM2 pour le CQP, 5 ème pour le CAP et 3 ème pour les BT
et BEP. Mais dans la pratique, le niveau de recrutement est la classe de 5ème dans les CAP. Le CQP n’étant plus délivré comme diplôme.

D’une façon générale, la capacité d’accueil dans les 59 établissements n’excède pas 68 000 élèves alors que selon les chiffres des Ministères (MEMEASFP et MESRS, 2014), chaque année 400 000 jeunes sortent de l’enseignement général dont 150 000 ont 14 ans et plus. En plus de la faible capacité d’accueil, des échanges que j’ai eu avec les acteurs du terrain tout au long de l’étude de la FATOM, les centres de formation professionnelle manquent de matériels didactiques.

A Yamoussoukro, un responsable de la Direction régionale m’a fait comprendre que par exemple dans les établissements d’enseignement professionnel du secteur industriel, la formation des futurs travailleurs de 2015 se fait sur du matériel datant de 1960. J’ai pu le vérifier de mes propres yeux au Centre de Perfectionnement des Technique Industriel (CPTI) de Yopougon. En effet lorsque j’ai mis les pieds dans les ateliers de Mécanique Générale de cet établissement, je me suis retrouvé avec des machines outils que j’ai utilisé en tant qu’élève au Lycée Technique d’Abidjan dans les années 1990. Et dire qu’en 1990, ces machines là étaient déjà vielles ! Les responsables des ateliers avec qui j’ai échangé m’ont fait comprendre que les machines outils fonctionnent aujourd’hui grâce à l’ingéniosité des formateurs. En effet, en cas de pannes, ce sont les formateurs eux-même qui font des réparations avec des pièces réadaptées, les originales n’étant plus produites. Je n’ai donc pas été surpris de voir dans ces ateliers plus de machines hors service qu’en service. Par exemple dans l’atelier de chaudronnerie, sur 7 postes à souder, il n’y a qu’un seul fonctionnel. Pour ce qui est de la sécurité dans les ateliers, n’en parlons pas. Pas de vestiaires pour les élèves et les machines sont directement branchées sans passer par les boîtiers d’alimentation, qui elles mêmes sont en pannes. Tout le circuit électrique est en lambeau et seul la faible lumière du jour éclaire les ateliers.

Si la Côte d’Ivoire veut disposer d’une main d’œuvre de qualité pour relever le défi de son émergence, il faut que le Gouvernement prenne en main la question de la formation professionnelle. En effet, le pays sort gagnant avec une formation professionnelle de qualité. Parce que les produits issus de cette formation peuvent soit s’auto-employer en créant des entreprises soit être directement employables dans les entreprises. Comme on le voit, la qualité de la formation professionnelle est un outil de premier choix contre le chômage des jeunes.

Aujourd’hui, le Gouvernement à travers deux Ministères techniques posent des actions allant dans le sens de la lutte contre le chômage des jeunes. Ainsi, travers le Ministère de l’Entrepreneuriat National, de la Promotion des PME et de l’Artisanat l’État veut faire la promotion de l’entrepreneuriat. Dans le cadre de la promotion de l’emploi jeune, le ministre auprès du Président de la République chargé de la Promotion de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes a entrepris ces derniers mois de financer des activités des jeunes. Tout en saluant ces initiatives qui sont louables, je reste toujours septique. En effet, comment peut-on bien faire la promotion de l’entrepreneuriat et l’employabilité si la formation professionnelle n’est pas capable de doter le pays d’une main d’œuvre qualifiée? C’est ainsi que chaque fois que je lis dans la presse qu’une entreprise X va créer un tel nombre d’emploi, je me demande si les jeunes avec le niveau actuel de formation professionnelle pourront profiter de ces emplois crées.

Je reste convaincu que le seul levier sur lequel le Gouvernement ivoirien peut aujourd’hui jouer pour faire face à la problématique de l’emploi jeune et la promotion de l’entrepreneuriat en Côte d’Ivoire est d’améliorer la formation professionnelle. Et c’est pour cela que je voudrais à travers ces lignes lancer un SOS à son Excellence Allassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire. Il faut sauver le soldat « Formation Professionnelle » si vous voulez que les JEUNES REUSSISSENT AVEC VOUS afin que la Côte d’Ivoire émerge à l’horizon 2020.