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Côte d’Ivoire : Transformer les Cybercafés en lieux de vie et d’éducation

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Si dans un passé récent les Cybercafés étaient encore considérés comme des lieux fréquentables pour les usagers voulant accéder à internet et aux TIC en générale, aujourd’hui, la réalité est tout autre. De plus en plus d’usagers se détourent de ces lieux. Pas parce qu’ils ont forcement d’autres alternatives pour accéder à internet et aux TIC, mais tout simplement parce que le Cybercafés est aujourd’hui, pour la conscience collective, un nid de « brouteurs ».

Alors que les coûts d’accès à internet et aux TIC en général, bien qu’ayant baissé, ne permettent toujours pas à toute la population un accès facile, il semble aujourd’hui pertinent de s’interroger sur comment transformer les cybercafés en lieu de vie et d’éducation de la population. Cette question est pertinente puisque que par définition les Cybercafés sont selon Anikar M. Haseloff « des installations à but lucratif, ouvertes au public en général pour un accès à Internet, des installations pour le réseau et / ou une variété d’outils de la technologie de l’information sur une base de contrat temporaire (paiement à chaque utilisation) sans la nécessité pour les utilisateurs de posséder leurs propres matériels et logiciels». Ainsi en l’absence d’espace d’accès mis en place par les pouvoirs publics ivoiriens, les Cybercafés pourraient aider à réduire la fracture numérique étant donné qu’ils fournissent l’accès à Internet à des personnes qui ne peuvent pas se payer des connections personnelles. En effet, les faibles taux d’accès à Internet dans les pays en voie de développement tels que la Côte d’Ivoire sont souvent liés aux faibles taux de possession d’ordinateurs personnels et au coût élevé du matériel.

Le Gouvernement ivoirien à travers le projet de gouvernance numérique (E-Gouv) a pour ambition de bâtir une économie numérique à l’instar des autres pays d’Afrique et du monde. Pour faciliter l’accès de la population dans le cadre du E-Gouv, le Gouvernement est, à travers le Ministère des Postes et Télécommunication, en train de mettre en œuvre un projet « 1 citoyen, 1 ordinateur, 1 connexion internet ». Toutefois ce projet ambitieux d’équipement de la population en outils numériques ne concerne que 500 000 personnes sur une population de plus 22 millions d’habitants. Il apparaît alors nécessaire pour le Gouvernement de mettre dans sa stratégie national de sensibilisation de la population au numérique les Cybercafés. Et dans le domaine de l’accès public, les cybercafés pourraient jouer un rôle important en tant que moyen d’accès à Internet le plus répandu en Côte d’Ivoire. En effet, le recensement initié par l’Agence de Régulation des Télécommunications en Côte d’Ivoire (ARTCI) montre que tout le territoire ivoirien est couvert par les Cybercafés.

Pour que ces espaces d’accès aux TIC et à Internet jouent un rôle important dans la l’édification d’une économie numérique en Côte d’Ivoire, il faut nécessairement que les Cybercafés, considérés aujourd’hui comme des lieux de débauche et de mort, deviennent des lieux de vie et d’éducation. Pour atteindre cet objectif, il est primordial que le Gouvernement encadre et accompagne les promoteurs de Cybercafés.

Le rapport que Gouvernement a avec les Cybercafés doit changer aujourd’hui parce que le statut des TIC de façon générale et d’internet a véritablement évolué en Côte d’Ivoire. En effet, les TIC de façon générale et l’internet ne sont plus que ludiques. Ils sont devenus aujourd’hui à travers le projet E-Gouv des outils au service de la gouvernance. De plus, l’internet et les TIC sont de nos jours des espaces d’accès au ressources aussi bien pour les élèves, les étudiants et les formateurs que pour les autres couches sociales. Les Cybercafés étant des lieux d’accès de la majorité au numérique, il est alors important que le Gouvernement change son rapport et son regard sur ces lieux. Cela passe par un encadrement et un accompagnement des promoteurs des cybercafés. Cet encadrement doit aller au-delà de la simple identification des Cybercafés, comme c’est le cas actuellement, et inclure des possibilités de formation des gestionnaires et promoteurs de ces lieux d’accès. Cette formation des gestionnaires et des promoteurs devra insister sur leurs rôles en tant qu’acteurs majeures du cyberespace pour l’édification de l’économie numérique en Côte d’Ivoire. Et dans le contexte actuel de la Côte d’Ivoire, cette formation est très importante car elle permettra aux gestionnaires d’aider les usagers à utiliser correctement les TIC et internet pour produire des richesse (connaissances, économies, etc.). Par ailleurs, les Cybercafés, en tant qu’activités génératrices de revenus deviennent aujourd’hui des potentielles sources de création d’emploi. Et pour les encourager dans la création des emplois, il faut que le Gouvernement de Côte d’Ivoire accompagne les promoteurs pour avoir des facilités d’accès au crédit auprès des structures bancaires de la place.

Les Cybercafés ont un vrai potentiel en tant qu’outil pour le développement de la communauté et l’édification de l’économie numérique en Côte d’Ivoire. Il appartient aujourd’hui au Gouvernement, dans la mise en œuvre de son projet de gouvernance numérique, de savoir trier profit du potentiel des Cybercafés en les transformant en lieu de vie et d’éducation.