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Doh Koué : la collaboration entre Enseignants et Éducateurs n’est pas très franche

La collaboration de tous les acteurs de la communauté scolaire est importante pour la bonne marche de l’école, dans un climat favorable à l’apprentissage, à l’éducation et au don du savoir. Généralement, nous décrions la distance des parents vis-à-vis de l’école. Mais, la collaboration au sein de l’école elle-même est-elle vraiment très franche?

Je me pose cette question (et je vous la pose aussi chers collègues Éducateurs), parce que j’ai remarqué, depuis mes années lycées, qu’enseignants et éducateurs se lancent toujours des pics; du moins les éducateurs ne tardent pas à recevoir des accusations, le plus souvent infondées, de la part de leurs censés être collaborateurs. Le sens contraire est rare.

Devenu moi-même Éducateur aujourd’hui, je constate que rien n’a changé dans le regard (un peu méprisable) que les enseignants en général portent sur les Éducateurs.

Ci-après, le témoignage de ma très petite (mais déjà riche) expérience de quelques mois dans un Lycée, en stage.

Mes observations ont commencé à la fin du 1er trimestre (quelques semaines seulement après nos affectations en stage), après les Conseils de classes, quand une plainte des enseignants a été déposée chez les ACE parce que, disent-ils, les Éducateurs n’ont pas effectué toutes les ponctions de points qu’ils ont demandées sur la note de conduite de certains élèves. Ils accusent alors les Éducateurs de défendre les élèves et d’encourager ainsi les perturbateurs de cours dans leur besogne. Une rencontre avec un ACE a été très initiée très rapidement ; et c’est là que nous avons profité pour dire notre part de vérité :

1. La raison de notre présence (tous les personnels) dans les établissements scolaires, n’est pas de pousser les apprenants vers la porte de sortie du système éducatif ; au contraire, notre rôle est de les aider à s’y maintenir et à avancer dans leurs études : c’est un acte d’humilité et de solidarité, dixit le professeur ‪KOUDOU ‎OPADOU‬.

2. Le rôle des Éducateurs n’est pas de prélever des points sur la note de conduite des élèves.

3. Les professeurs exagèrent (ici particulièrement) dans les « moins » sur la note de conduite. Certains d’entre n’hésitent pas venir chercher le cahier de conduite trois (3) fois dans la journée, et retranchent jusqu’à cinq (5) points en une seule fois sur la note de conduite d’un élève. Nous disons : « Autant traduire l’enfant en Conseil de discipline, puisque la faute est si grave ». Cette phrase suffit pour frustrer nos chers collaborateurs.

4. Les Éducateurs ne sont pas à la disposition des enseignants pour exécuter leurs ordres. Par exemple, quand un prof dit au chef de classe : « va dire à l’Éducateur de faire moins deux à X ou à Y ». Motif ? « Je faisais mon cours, et il bavarde ». Question : Est-ce que notre ami professeur maîtrise sa classe, puisqu’aux cours des autres profs, le même élève n’a jamais bronché sans être interrogé ?

5. Du fond de ma timidité, mais avec assurance et fermeté, j’ai demandé à l’ACE : « M. l’ACE, sur la base de quoi les professeurs sanctionnent-ils les élèves ici ? Y a-t-il un règlement au Lycée qui autorise une telle torture morale des élèves ? « 

A ces questions venant d’un stagiaire, M. l’ACE a tiqué, un peu gêné, car en réalité, il n’existait pas de règlement intérieur dans l’établissement, et je le savais. « Alors, repris-je, ne vaut-il pas mieux en rédiger un qui sera mis à la disposition de tous afin de réguler les actions des uns et des autres, personnels comme élèves et parents d’élèves ? »A cette demande, l’ACE a répondu timidement : « M. DOH, comme vous êtes là, faites-le s’il vous plait avec votre collègue de stage.  » Je claquai des doigts en silence, puisque je n’attendais que cette opportunité. Une semaine plus tard, le RI était prêt. Même s’il n’a pas encore été promulgué, j’ai fait une part, et je continuerai à exiger un cadre légal à l’école, du moins si je suis confirmé à ce poste.

6. La grande majorité des enseignants du Lycée sont des retardataires chroniques. Et à chaque fois, je suis obligé d’aller tenir des classes pendant au moins 15min avant que le prof n’arrive, avec une démarche qui ne laisse percevoir aucune gêne. Pire, il y a l’un d’eux qui s’étonne de me trouver dans sa classe et me demande : « qu’est-ce se passe ». Deux fois il m’a posé la question dans deux classes différentes, je ne lui rien répondu, et je suis parti ; car j’avais compris que c’est lui-même qui a un problème.

7. Quand un prof a une brouille avec un élève, et qu’un Éducateur tente d’intervenir, le prof lui dit : « enlève-toi dedans, ce qu’il a commencé là, je vais terminer ça pour lui. C’est entre nous. « . Quand tu insistes, il t’accuse de vouloir défendre un élève en faute ; un avocat du diable qui tente sauver Satan de l’enfer, de récupérer l’irrécupérable.

8. Nos chers collaborateurs ignorent bonnement leurs cours de psychologie de l’enfant (je sais que nos braves maîtres de l’ENS leur en ont donné un peu quand même, non !). Pour eux, il faut que tout soit sanction, pas question d’avertir l’élève en faute, d’essayer de le raisonner, de chercher à comprendre si son acte est le reflet d’un problème personnel, familiale, émotifs mal vécu : il faut sanctionner ici et maintenant.

Cette mise au point faite, nous essayons depuis lors de gérer la situation, avec délicatesse, pour éviter toute confrontation qui pourrait mettre à mal notre tâche éducative : éduquer, c’est être soi-même un modèle.

Mais je pense que si cela ne tient qu’à moi, rien n’a besoin de changer dans le regard que nos collaborateurs portent sur nous ; car je ne changerai pas ma méthode de travail : ECOUTER, PLAIDER, CONSEILLER POUR SAUVER, même les cas les plus désespérés (apparemment). La sanction est un regrettable recours quand on n’a plus le choix.

Un contribution de Doh Koué, Éducateur en Stage