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Ecole Ivoirienne, la fin du processus de la mobilité sociale?

Le système éducatif joue un rôle majeur dans la lutte contre les inégalités sociales. En effet, la démocratisation scolaire avec l’accès de l’enseignement public au plus grand nombre, permet aux catégories les plus défavorisées de bénéficier de l’ascenseur social, en accédant à des postes plus valorisés socialement.

Et pour favoriser l’accès de l’enseignement public aux enfants des catégories défavorisées, les Etats ont mis en place certaines mesures d’accompagnement. C’est ainsi que dans les années fastes, l’Etat de Côte d’Ivoire attribuait un grand nombre de bourses d’étude aussi bien à l’Université qu’au secondaire. Il encourageait aussi la construction de cités Universitaires et des internats dans les établissements secondaires à travers le pays. Ces facteurs combinés ont eu un effet sur la qualité de l’environnement d’étude et ont contribué au processus de la mobilité sociale en Côte d’Ivoire. Ainsi, bon nombre de personnes issues des classes défavorisées occupent aujourd’hui les plus hautes fonctions dans l’administration aussi bien privée que publique.

Avec la crise économique qui frappe la Côte d’Ivoire depuis plus de 20 ans, la donne semble changer. Alors que nous assistons à une paupérisation des masses populaires, accentuant le fossé entre pauvres et riches, l’Etat dans le même temps attribue de moins en moins de bourses, et de moins en moins de cités Universitaires et d’internats sont ouverts pour soulager les enfants des couches défavorisées. Ces deux facteurs ainsi que d’autres vont contribuer à la dégradation de la qualité de l’environnement d’apprentissage dans les établissements d’enseignement public. Par ailleurs, ne pouvant plus faire face à la demande croissante de scolarisation, l’état va se tourner vers le secteur privé dans le cadre d’un partenariat défini par la loi sur l’enseignement de 1995.

Les problèmes de l’enseignement public et l’essor des écoles privées deviennent alors une réalité poignante en Côte d’Ivoire. On assiste dès lors à une augmentation des inégalités et certains évoqueraient même parfois le retour des classes sociales à l’école. En effet, les enfants des riches ont pour eux les écoles privées avec un encadrement de qualité qui aboutit à des diplômes dans les temps impartis. Ceux des pauvres, restent dans les écoles publiques avec des effectifs pléthoriques et des mouvements de grève à n’en point finir. Ce phénomène qui ne se limitait jadis qu’au primaire et à un degré moindre au secondaire semble s’étendre aujourd’hui au supérieur avec l’ouverture de plusieurs Universités et Grandes Ecoles privées. A l’occasion de la récente fermeture des Universités publiques en Côte d’Ivoire, l’on a pu constater la manifestation tangible de cet état des choses. Ainsi, pendant que les enfants issus de familles aisées continuaient leur cursus dans les Universités ou Grandes Ecoles privées, les enfants des familles défavorisées étaient à la maison.

On assiste donc à une école ivoirienne qui semble participer à l’accentuation des inégalités sociales. Et si l’on y prend garde, nous serons bientôt en face deux sociétés Ivoiriennes distinctes. Celle des riches dont les enfants parce que bien diplômés occuperons toujours les plus hautes responsabilités  et, celle des pauvres dont les enfants, peu ou pas diplômés devront se contenter des postes de bas étage. Toute chose qui sonnerait le glas du processus de la mobilité sociale.

  • http://twitter.com/niangthierry Niangoran Thierry

    Bel article qui décrit de façon très réaliste la situation de l’école ivoirienne. les enfants de pauvres ont dû attendre 2 ans à la maison la « réouverture » de l’université publique au moment où les enfants de famille aisée allaient tranquillement à l’école. Vraiment dommage. Merci professeur.

    • http://twitter.com/MIANSEH Antoine MIAN, Ph.D.

      Pas de quoi…on fait notre boulot d’enseignant et de formateur