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Entre Mooc et Clom, l’Afrique doit trouver son modèle

Le  billet « Mooc : à quoi sert l’attestation ? » a suscité deux commentaires qui devraient interpeler les concepteurs d’offres Moocs et de services associés en direction des pays d’Afrique.

Mohamed Hassane Sidibe  « A quoi servirait une attestation, si l’apprenant malgré son assiduité n’a toujours rien compris ou ne peut pas faire bon usage de ce qu’il a appris ? Le Mooc doit rester qualifiant et ne pas tendre vers le diplômant ».

Yves Miezan Ezo « Hum Prof il est important de mettre en corrélation le système social dans lequel on évolue ; certains aiment voir le papier alors que d’autres privilégient la compétence… À suivre donc ».

En effet, les deux commentaires ci dessus mettent en évidence des contraintes dont il faut tenir compte pour l’élaboration de Moocs en Afrique ou pour l’Afrique. De leur analyse, l’on peut retenir  que, même si la compétence ou la qualification doit être de mise, il est important de tenir compte du contexte dans lequel le Mooc est mis en œuvre. Et dans le cas d’espèce du contexte africain, le « papier » c’est-à-dire l’Attestation ou le Diplôme ou le Certificat est encore de loin le critère sur lequel le recrutement se fait dans la plupart des administrations aussi bien publiques que privées. Ainsi, dans le contexte actuel de nos états où le « papier » semble roi, comment pourrait-on exiger à une majorité de jeunes sans aucuns diplômes universitaires de se contenter de simple formation qualifiante ?

En tenant compte de son contexte (social et économique), il importe que les concepteurs réfléchissent à des Moocs qui viendraient résoudre des problèmes spécifiques des systèmes d’enseignement supérieur des pays d’Afrique. Parce qu’il est important de savoir que les premiers Moocs nés aux USA répondaient à certains problèmes auxquels était confronté l’enseignement supérieur de ce pays. Mise à part le maintient de la domination en matière de cours en ligne , l’on peut mentionner le surendettement des étudiants dans le cadre de leurs études supérieures .

En France, le Ministère de l’Enseignement Supérieur a eu une réaction très appropriée face au phénomène Mooc. En effet, conscient de son retard en la matière vis-à-vis des USA et de la Suisse, il s’est doté d’une plateforme France Université Numérique (FUN)  et a invité les Universités à y offrir des Cours en Ligne Ouverts et Massifs (CLOM). Pour la mise place de la plateforme et le développement de CLOMs, le Ministère a déjà  débloqué une enveloppe de 20 millions d’Euros. Ce qui est important ici, c’est que la mise en œuvre du FUN répond à des besoins identifiés par le Ministère: « développer des méthodes pédagogiques adaptées à la génération numérique et remédier aux échecs des étudiants en premier cycle [mais aussi] favoriser la formation tout au long de la vie et démocratiser l’enseignement supérieur ».

L’on peut noter en passant que si aux USA, le Mooc est une affaire des privés en majorité; en France, c’est l’Etat à travers le Ministère de l’Enseignement Supérieur qui prend le devant pour la mise en oeuvre du Clom.

Même s’il est vrai que certains problèmes de l’enseignement supérieur identifiés en France et aux USA se rencontrent aussi en Afrique, il est important d’avoir en idée que les contextes sont assez différents. En effet, contrairement aux USA et/ou en France, l’Afrique doit de nos jours faire face à la mauvaise qualité de son système d’enseignement supérieur. Cette mauvaise qualité résulte des problèmes auxquels est confronté l’enseignement supérieur africain : l’insuffisance des infrastructures, de ressources dans les bibliothèques, d’équipements didactiques, de personnels enseignants, etc.

Il est évident que le Mooc ou le Clom peut être une piste envisageable pour améliorer la qualité de l’enseignement supérieur en Afrique. Toutefois, il serait dangereux et non productif de tomber dans la facilité du « copier-coller » de Mooc ou  Clom venu d’ailleurs. L’idéal serait que les pays d’Afrique, individuellement ou collectivement, en s’inspirant de la démarche française ou toute autre démarche, mettent en place des Moocs ou Cloms qui répondent aux besoins spécifiques de leurs systèmes d’enseignement supérieur. C’est à cette condition que l’Afrique pourra tirer partie du Mooc ou du Clom pour améliorer la qualité de son système d’enseignement supérieur.

  • Séguénan Koné

    L’Afrique devrait de plus en plus adapter tout ce qu’elle importe d’Europe,pas seulement le Mooc et autres par ce qu’il y va de l’applicabilité et de l’éfficacité des projets.

    • Antoine MIAN, Ph.D.

      Tout à faire d’accord avec toi. Les problèmes ne sont pas les mêmes ailleurs et en Afrique, alors les solutions ne sauraient être copiées et collées.

  • http://zak-le-messager.blogspot.com/ Zak Le Messager

    Très belle réflexion, les MOOC devraient beaucoup plus être utilisés comme prolongement des cours magistraux ou TD, ce qui serait plus productif.

    Les enseignants seraient alors à même de proposer à leurs étudiants, des cours en ligne d’autres universités pour approfondir ou apprendre d’avantages sur un sujet précis ou une matière. Les MOOC offrant également des échanges entre personnes de diverses horizons.

    Les réalités africaines sont particulières comme le signale le début du billet, et les étudiants devraient être guidés dans cette nouvel univers vers les MOOC qui sont en adéquation avec leur formation, en attendant la mise en œuvre de plateforme purement africaine. Et les enseignants seront encore mis à profits.

    Le grand nombre de MOOC, et la facilité d’accès, deviendrait sinon une suite d’attestation sans corrélation, qui viendra remplir les CV de nos étudiants.

    • Antoine MIAN, Ph.D.

      Mooc utilisé comme prolongement des TP et TD, cela donne une idée du Mooc made in Afrique répondants à des problématiques réelles. La réflexion doit être mené en tenant compte de cet angle.

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