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ÉVALUATION DU COMPORTEMENT DES ÉLÈVES : LA NOTE DE CONDUITE A-T-ELLE SA RAISON D’ÊTRE ?

Psychologiquement, la conduite est la « manière d’agir, motrice, verbale et psychique, d’un individu en réponse à des circonstances déterminées, et qui se caractérise par son but, sa signification et sa fonction » selon psychologies.com. En d’autres termes, il s’agit de la manière dont nous réagissons face à une situation à travers des actes de parole, des comportements ou simplement des états émotionnels. Ainsi, lorsque je me retrouve confronté à une situation donnée, à un moment donnée et dans une atmosphère donnée, je dois adopter la conduite capable de me permettre de m’en sortir. A l’école, au secondaire notamment, c’est cette manière d’agir et de régir face aux circonstances que l’on demande aux éducateurs en particulier, d’évaluer afin d’attribuer une note de conduite.

Mais, peut-on évaluer le comportement, la conduite d’une personne? Le jugement porté sur la conduite d’un élève saurait-il être transcrit dans un nombre appelé « note de conduite » ? Quelle est donc l’opportunité de cette note de conduite? Qu’est-ce que elle apporte à l’éducation d’un élève ? Si son opportunité était établie, comment procéder afin que la note attribuée à un élève soit vraiment le reflet de sa conduite ?

Voici là des questions auxquelles nous nous intéressons pour ce billet. Pour enrichir notre réflexion, nous avons soumis ces questions à l’appréciation de certains professionnels de l’éducation dont des éducateurs et des enseignants.

C’est ainsi la synthèse des avis des uns et des autres qui constitue ce qui suit.

  1. De la capacité a évaluer réellement une conduite

De façon générale, tous s’accordent sur le un fait : l’attribution de la note de conduite relève de la subjectivité. En effet, étant donné que la conduite englobe les comportements visibles et les attitudes des individus, il serait difficile de l’évaluer en toute objectivité, avec des critères bien définis et qui pourraient s’appliquer à tous les élèves d’un établissement scolaire par exemple. Et comme l’a dit Ban Arsène, éducateur à Sipilou, la note de conduite est « subjective et non objective, et tout ce qui est du comportement ne saurait être apprécié dans son entièreté». Coulibaly Wara, un autre éducateur, va plus loin en affirmant qu’à part les évaluations dans les matières scientifiques, aucune autre évaluation n’est objective ; de la note attribuée par les chef d’établissement aux personnels à la note de conduite en passant par les évaluations dans les matières littéraires. Toutefois, il admet que l’on pourrait donner un contenu tant soit peu objectif si l’on établit un barème basé « sur des valeurs telles que le respect d’un règlement intérieur, la participation à des travaux d’intérêt général aux au sein de l’établissement qu’on appelle la  »bonification » dans le barème de notation –utilisé en Espagne par exemple selon lui-, d’ailleurs le style vestimentaire importe peu souvent tant que cela n’est pas trop exagéré ».

Finalement, si la note de conduite est si emprunte de subjectivité, et que par conséquent elle ne reflète pas les comportements réels des élèves évalués, a-t-elle sa raison d’être ?

  1. De opportunité de la note de conduite

Si éduquer revient à socialiser, c’est-à-dire à transmettre à l’individu les valeurs sociales et morales qui faciliteront son intégration dans la société, l’éducation est donc aussi un processus qui permet de tuer en l’enfant ses penchants égoïstes et antisociaux. Il s’agit pour l’éducateur pour ainsi dire, de s’ériger en censure –comme le surmoi freudien- pour contrôler les agissements manifestes des élèves confiés à ses soins afin de faire d’eux des citoyens intégrés et respectueux de la chose publique. De cette façon, la note de conduite attribuée à l’élève, ne porte pas sur ses intentions et autres sentiments qui ne sont pas manifestes, mais bien sur les comportements perceptibles à travers ses actions dans l’environnement scolaire. Pour Kouassi Séraphin, la note de conduite n’« évalue pas le moi intime de l’élève, mais son comportement ». Comme telle, elle « constitue un moyen de coercition » entre les mains de l’éducateur. Nianzou Simple dira que le simple fait de savoir que son comportement à l’école est évalué, permet de freiner tant « soit peu l’élève dans ses écarts vis-à-vis des éducateurs mais aussi des autres acteurs du système ». Coulibaly Wara dira même que « la note de conduite est la plus importante des notes d’un élève ». C’est pourquoi, il exhorte les acteurs de communauté scolaire, les éducateurs en particulier, à faire attention dans l’attribution de la cette note, car « une simple note de conduite peut compromettre l’obtention d’un emploi, d’un transfert dans un établissement d’excellence, etc. » Comme exemple Doué Ange Anicet nous a rapporté avoir reçu des gendarmes de l’Ecole de gendarmerie de Toroguhé (Daloa) à son bureau. Ceux-ci étaient venus enquêter sur la conduite de l’un des anciens élèves de l’établissement admis au concours de gendarmerie. S’il s’était trouvé que la conduite de cet élève était plutôt mauvaise, il serait simplement exclu avant même le début de la formation militaire.

Cette importance et cette délicatesse de l’évaluation de la conduite doit amener les éducateurs et les enseignants à ne pas le faire avec fantaisie et désir de vengeance, mais en tâchant de faire un suivi individualisé de chaque élève et en suivant les prescriptions du règlement intérieur. Ce qui, visiblement, serait un travail de titan dans des établissements en Côte d’Ivoire où nous pouvons retrouver facilement quatre-vingt (80) élèves dans une seule classe.

Mais s’il faut attribuer la note de conduite, cela doit se faire en suivant un minimum de disposition.

  1. Des dispositions pour l’attribution de la note de conduite

Trois dispositions se dégagent des échanges que nous avons eus avec les collègues.

  • La note de conduite définitive est arrêtée par l’éducateur en charge de l’élève, de la classe ou du niveau concerné. Mais pour que les conditions d’un minimum d’objectivité soient réunies, les autres acteurs tels que les enseignants par exemple, doivent être consultés en amont. En fait, si l’éducateur se charge de suivre les mouvements des élèves dans la cour de l’école, le professeur est celui qui passe le plus de temps avec eux en passant au moins une heure avec eux, dans la semaine.
  • L’attribution de la note de conduite doit se faire à partir d’un barème, avec des critères clairement établis et portant sur les activités de la vie scolaire en plus des actes singuliers éventuellement blâmables commis par l’élève.
  • Tout établissement scolaire doit disposer d’un règlement intérieur où les règles de conduite sont clairement consignées et expliquées. Ce règlement intérieur doit être lu et approuvé par tous les membres de la communauté scolaire, à savoir le Chef d’établissement, les Adjoint au Chef d’établissement, les Educateurs, les parents d’élèves, les élèves et même les agents techniques. Cela est important afin que tous puissent concourir à rendre à l’établissement une atmosphère propice à l’apprentissage et à réduire le champ de liberté oisive qui pourrait conduire les élèves à des écarts de comportements.

En guise de conclusion

Evaluer la conduite d’un individu est un exercice difficile. Quand il s’agit d’un groupe d’individus, adolescents de surcroit, la tâche devient plus titanesque et se complique puisque qu’on se saurait saisir plusieurs moi à la fois en étant objectif dans son jugement. Toutefois, l’existence de la note de conduite est un moyen dont dispose l’éducateur notamment pour endiguer tant soit peu les écarts pulsionnels des élèves et facilité leur socialisation. Son importance allant au-delà des seules évaluations scolaires et pouvant agir sur la vie professionnelle des citoyens qui se forment dans les écoles, les acteurs du système éducatif chargés d’évaluer la conduite des élèves, doivent le faire d’une tête froide, avec conscience et surtout en restant dans le canevas prescrit par le règlement intérieur.

Doh Koué