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Grossesses en milieu scolaire : la part de responsabilité de l’école ivoirienne

Crédit photo: l’Éléphant déchaîné

Les grossesses en milieu scolaire sont devenues aujourd’hui un sujet d’intérêt national. En effet, ce phénomène prend des dimensions telles que le Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Technique (MENET) est monté plusieurs fois au créneau. Mais en dépit des sanctions et des menaces, le phénomène, avec 94 cas signalés au premier trimestre de l’année scolaire 2014 dans le seul département d’Abengourou, ne cesse de prendre de l’ampleur.  Dans les causes avancées, alors que les écrits et commentaires abondent sur les acteurs de l’école, peu se concentrent sur le programme éducatif ivoirien. C’est pour en avoir une idée que nous nous sommes intéressés à la question de l’éducation sexuelle, telle que définie par l’UNESCO, dans les programmes scolaires de Côte d’Ivoire.

Sans titre

Notre but était de voir comment l’école ivoirienne, à travers ses programmes scolaires, prépare les jeunes (filles ou garçons) de la tranche d’âge de 10 à 13 ans pour gérer leur vie sexuelle. Pour trouver des éléments de réponses, nous sommes intéressés au programme d’enseignement des classes de CM (CM1 et CM2) au primaire et des classes de 6ème et 5ème  du premier cycle du secondaire. Notre démarche a été de contacter des enseignants sur le terrain afin qu’ils nous parlent de ces programmes et de leur mise en œuvre dans les écoles. D’une manière générale, que ce soit au primaire (CM1 et CM2) ou au secondaire (6ème et 5ème), nos premières investigations ont révélés que l’éducation sexuelle, ou des notions s’y rapportant, n’était enseignée qu’en Sciences et en d’Education aux Droits de l’Homme et à la Citoyenneté (EDHC). C’est ainsi que nous nous sommes adressés à deux enseignants d’école primaire publique et deux enseignants du secondaire premier cycle, l’un d’EDHC et l’autre de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Le constat…

Dans le programme de l’enseignement primaire,  la question de la puberté et des grossesses précoces est abordée en Science au CM1, à la 6ème leçon du thème 4 en 4 séances de 45mn chacune, pendant deux semaines.  Au CM2, elle est abordée en EDHC pendant une seule séance de 30mn en semaine 23 dans le thème portant sur les grossesses précoces. Que ce soit au CM1 ou au CM2, les enseignements sur l’éducation sexuelle sont placés pratiquement dans les derniers chapitres en fin d’année scolaire. Aux dires des deux enseignants du primaire que nous avons joint, « de part leur positionnement dans la progression, ces thèmes sont généralement peu ou pas du tout abordés par les enseignants».

Au premier cycle du secondaire, l’éducation sexuelle n’est abordée en 6ème et en 5ème que dans la discipline EDHC. L’enseignant de SVT que nous avons contacté a signifié que c’est seulement à partir de la classe de 4ème et surtout en 3ème dans le cours sur la fécondation qu’il aborde la question liée au cycle de la femme par exemple.  En 6ème donc, la leçon porte sur les rapports sexuels et la préservation de la santé (leçon 7) et se déroule en deux séances de 1h chacune. Tout comme 6ème , en 5ème la leçon se déroule en deux séances de 1h chacune et porte sur les rapports sexuels à risques et des grossesses à risques (leçon 6).  Mais comme au primaire ces leçons sont peu ou pas du tout abordées pendant l’année scolaire. En effet, une enseignante d’EDHC jointe au téléphone nous apprend que dans la progression, ces différentes leçons sont placées à la fin du troisième trimestre de l’année scolaire. Par ailleurs, elle soutient que les programmes n’abordent pas explicitement les questions comme le cycle féminin. C’est donc à l’enseignant, « en fonction de la formation reçue, de l’aborder s’il le veut bien.  Et comme tous les enseignants n’ont pas eu de formation sur ces questions donc ce point est rarement ou pas du tout abordé ».

Quatre observations essentielles se dégagent de ce qui précède. D’une façon générale, l’éducation à la sexualité est abordée dans seulement deux disciplines (EDHC et Sciences) alors que l’UNESCO préconise qu’elle soit une matière transversale. Le positionnement des cours portant sur l’éducation sexuelle en fin d’année dans la progression. Les volumes horaires alloués à se cours semblent nettement insuffisant et les enseignants chargés de dispenser cet enseignement ne semblent pas suffisamment formés.

BM

Ces observations semblent mettre ainsi en évidence la part de responsabilité, très grande d’ailleurs, du système éducatif ivoirien dans le phénomène des grossesses en milieu scolaire. En effet, l’école ivoirienne n’offre pas aux élèves (filles ou garçons), qui entrent dans la puberté, la possibilité d’explorer leurs propres valeurs et attitudes, et de développer des compétences en matière de prise de décisions, de communication et de réduction des risques, concernant de nombreux aspects de la sexualité.

Si le Gouvernement à travers le MENET veut convenablement et efficacement lutter contre les grossesses en milieu scolaire, il faudra que le système éducatif ivoirien puisse donner la place qu’il faut à l’éducation sexuelle dans les programmes scolaires. Et tant que ceci ne sera pas fait, malgré les sanctions et les menaces, le phénomène a de beaux jours devant lui

Pour plus de lecture Unesco : Principes directeurs internationaux sur l’éducation sexuelle.