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James K : élève précoce, je me suis retrouvé avec deux BAC

Aujourd’hui informaticien dans une régie financière publique, je suis un élève précoce, cest-à-dire l’un de ceux qui présentent aux examens bien avant la classe d’examen. Voici comment je me suis retrouvé avec deux BAC, A1 et D.

Tout part du décès de ma mère, pendant les vacances scolaires. En classe 6eme, je venais de finir l’année scolaire en étant 2eme de ma classe ( 2eme au 1er, 2eme et 3eme trimestre). Un des souhaits forts que je retiens de ma mère, c’est qu’elle m’a fait appel dans la chambre, un jour, m’a fait asseoir sur le lit et m‘a dit ces mots : « fais moi l’honneur d’être 1er toi aussi ». Elle nous quitte malheureusement avant même que l’année scolaire suivante ne commence. C’était le dernier parent qui me restait. Plus de parents, les tontons et les tanties qui passaient régulièrement la voir pour trouver des solutions à leurs problèmes ont tous disparus. Manger une fois par jour devenait pour moi un luxe. Dans cette situation, il fallait trouver une motivation; quelque chose que j’aime faire, qui me sorte de mes tristesses et angoisses. Et c que j’avais trouvé, c’était de bosser, étudier pour réussir.

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Admis au Lycée Scientifique de Yamoussoukro en classe de 2nd C pour l’année scolaire 2005-2006, sans véritable ressources financières, ni source de financement stable pour me documenter. Javais hâte de franchir ce cap scolaire et d’entamer mes études universitaires pour espérer avoir des aptitudes nécessaires qui me permettraient de côtoyer le monde du travail.

Naïvement, l’année suivante, étant en classe de Première, je m’inscrivis au Bac, en candidature libre. La série choisie était la série A1 parce qu’elle combinait la littérature et les mathématiques. En plus, pour moi, c’est le Bac le plus accessible pour un élève moyen et surtout pour quelqu’un comme moi qui espérait réduire son calvaire d’une année. Il faut noter que 11 élèves de 1ère de mon établissement (si mes souvenirs son exacts) étaient en lice pour ce sésame. Chacun avait ses propres motivations : des promesses faites aux parents à tenir, la pression de certains parents, la découverte de l’atmosphère du bac, prouver son intelligence, etc.

L’examen passé, le diplôme obtenu, la période de vacances s’ouvrait. J’annonçais ce que je considérais comme une bonne nouvelle à certains proches. Les félicitations pour la majorité étaient timides. Je ne suis pas devin, mais j’arrivais à comprendre ce qu’ils pensaient et éprouvaient à travers l’expression de leurs visages. Tout se résumaient en ces mots : « La vie est déjà difficile pour nous. Nous avons nos propres problèmes et voilà quelqu’un qui veut nous en rajouter ». J’essais de prendre le taureau par les cornes; je me rendais aux différents salons qui se tenaient à Abidjan qui traitaient de l’éducation et l’orientation. Je colmatais toutes les informations que je trouvais pour choisir ma prochaine filière. C’est là que l’information capitale qui allait anéantir tous mes efforts est tombée: je ne pouvais être pris en charge par l’État. Je croyais avoir touché le bout du tunnel, mais hélas!!! Je ne pouvais utiliser ce diplôme pour entrer dans aucune université publique.

Toutefois, je ne devais m’avouer vaincu; il me restait encore une option à explorer. Il s’agissait maintenant de trouver une bourse d’étude pour une université privée. Le plus difficile n’était pas d’avoir une bourse, mais d’avoir les fonds pour s’acquitter des droits qui revenaient à la charge de l’étudiant. Où les trouverais-je? Oublions les tontons et tanties. L’envie de leur demander quoi que ce soit ne me traversait même pas l’esprit car je voyais encore en image, la mine qu’ils faisaient lorsque je leur annonçais ce que je qualifierais d’exploit. Où trouver ce généreux donateur qui voudra prendre le risque de financer dans une école privée, les études de cet élève précoce ? Comme j’aime à le répèter à qui veut l’entendre : « la vie peut te faire découvrir et vivre la pauvreté, mais elle ne sera jamais la cause de ton manque intelligence et d’esprit critique. Chaque homme a le pouvoir de façonner son environnement pour le rendre meilleur ». Bref, je me retrouvais alors sur un chemin avec une issue possible : reprendre le Bac (D) avec cette fois ci la peur d’échouer.

L’année scolaire reprit son cours normal. Nous étions 8 élèves de Terminale dans mon établissement à avoir déjà été admis au Bac, avec une mention pour certains. Ils reprenaient tous la Terminale comme moi. Ont-ils eu les mêmes soucis que moi? je ne le saurai jamais. Ceux parmi nous qui se sont faits remarquer en prenant des Professeurs comme encadreurs pour la préparation de leur Bac ont été pris d’assaut par les questions des autres élèves qui bouillonnaient de savoir s’ils avaient été admis ou non. Quant à moi, mon résultat, les autres candidats et moi le savions. Aucun autre élève ne pouvait le savoir, puisqu’ils étaient tous en vacances, allés avoir leurs parents. Aussi, je pouvais compter du doigt les personnes qui savaient que je devais passer ce diplôme. Et, je pense avoir commencé à préparer cet examen deux semaines avant la date des oraux. C’est donc secrètement que j’ai ménagé ma monture pour relever ce défi que je m’étais assigné. Ce ne fut même pas un buzz. Après trois semaines de cours, nous étions fondus dans la masse. Les Professeurs n’en faisaient pas cas pendant les cours. Pas de félicitations en public. Nous étions des élèves comme les autres; c’est cela le lycée scientifique. A la fin de l’année 2007-2008, j’obtiens mon deuxième Bac (serie D).

Force est de reconnaître que pour mon inscription dans les différentes universités j’ai postulé, pour tous les concours que je passais ou les demandes d’emplois que je déposais, mon premier bac ne m’a jamais été réclamé. A croire qu’il n’a servi à rien.

Au regard de mon histoire, que vous venez de lire, je voudrais m’adresser aux parents qui ambitionnent faire de leurs progénitures des enfants précoces. Particulièrement à vous qui encouragez vos enfants à présenter le Bac en candidat libre à partir de la classe de première, je vous le déconseille vivement si vous n’avez pas les moyens de les faire inscrire dans une Université ou une grande privée après son admission. Si vous comptez sur une orientation par l’État dans une Université ou Grande École, je vous exhorte à revoir vos données, parce qu‘ayant présenté cet examen du BAC en tant que candidat libre, votre enfant n’est pas pris en compte par l’État lors des sessions d’orientation dans les Universités et Grandes Écoles. Et, en plus de lui faire suivre deux différents programmes scolaires (1ère et Tle) dans la même année scolaire, vous le privez souvent de ses vacances, donc aussi de repos pour son cerveau. En cas d’échec, la peur d’échouer l’année suivante peut grandir chez lui. Un tel élève est souvent plus stressé que les autres et le risque de surmenage devient réel et élevé. Je l’ai vécu et je le dis. Vous êtes prévenus.