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L’école ivoirienne est infestée de microbes

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Le système éducatif ivoirien va de plus en plus mal. On le savait déjà miné par les grèves intempestives des élèves et des personnels (enseignants et administratifs). Mais, un autre phénomène plus grave le menace aujourd’hui: les microbes.

Le phénomène est né à la suite de la crise postélectorale de 2011, dans la commune d’Abobo  et les « microbes » étaient des bandes d’enfants de moins de 18 ans qui terrorisaient la population, tailladaient leurs victimes dans les rues. Cantonnés au départ à Abobo, ces gamins-tueurs ont rapidement étendu leur territoire dans les quartiers populaires comme Attécoubé, Adjamé pour ensuite envahir les autres communes du district d’Abidjan au grand dam des populations. Face à ce phénomène social, il y a eu trois réponses du Gouvernement. La première a été de nier l’existence du phénomène par la voix de la plus haute hiérarchie de la police nationale. La seconde, a été de rebaptiser les « microbes ». En effet, pour Mme la ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, la terminologie appropriée pour désigner ces gamins est « enfants en conflit avec la loi, en lieu et place de celle de Microbes qui les stigmatise ». La troisième, ce sont des tentatives d’éradication des microbes par la police nationale à travers l’opération Épervier. Mais, force est de constater l’inefficacité de ces différentes réponses du Gouvernement. De sorte que, le phénomène des microbes qui n’était observable que dans les rues semble avoir franchi les portes des établissements scolaires.

En effet, avec la mise en œuvre de l’Approche Par Compétence (APC) dans les établissements scolaires, le MEN encourage l’école à s’ouvrir sur la société. Si cette ouverture sur la société est salutaire, elle donne aussi l’occasion à l’institution scolaire de copier les tares de celle-ci. Ainsi, les semaines qui précèdent les congés de noël 2016, montrent combien les microbes ont franchi les portes des lycées et collèges et infestés les écoles ivoiriennes. Incapables de donner une réponse adéquate à ce phénomène, le Gouvernement a permis à celui-ci de se déporter dans l’institution scolaire. Et chaque journée dans la vie scolaire, vient avec son lot d’agressions au sein des Lycées et Collèges sur toute l’étendue du territoire national: des élèves aux enseignants en passant par les membres de l’administration scolaire. Il est vrai que ces dernières années, les mouvements d’humeur des élèves à la veille des congés scolaires, principalement ceux de noël sont monnaie courante dans le système éducatif ivoirien. Mais à la différence des autres années, les mouvements de ces dernières semaines sont émaillés d’agressions de certains élèves par d’autres avec des armes blanches. A Koumassi par exemple, des élèves d’un collège privé ont pris d’assaut un lycée public. Bilan : un mort, des blessés et des effets personnels volés. Les membres de l’administration scolaire ont eu leur salut soit en se cachant dans les bureaux soit en passant par-dessus la clôture de l’établissement. A Adjamé, les Lycées Nagui Abrogoua 1&2 ont été fermés pendant trois semaines à cause des microbes qui lançaient des pétards dans la cours de l’école. Dans la commune d’Abobo, c’est le Lycée qui a été fermé à la suite de l’agression d’un enseignant par des microbes. Ailleurs, à Daloa, tout comme à Vavoua, ce sont des élèves munis de couteaux qui délogent d’autres élèves des classes.

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Face à cette situation qui risque d’assombrir un peu plus le climat scolaire déjà détérioré par des grèves, le silence total des parents d’élèves, hommes religieux et chefs coutumiers laisse à réfléchir. Eux, si prompts à organiser des conférences de presse pour soutenir le MEN dans le conflit avec les organisations syndicales sur le cas des cours de mercredis sont muets comme des carpes. Pourtant c’est le moment pour ces hommes et femmes, parents d’élèves de monter au créneau et réclamer au Gouvernent d’assurer la sécurité de leurs enfants au sein des établissements scolaires. Ils peuvent profiter de ce moment pour demander à Mme le Ministre comment elle compte atteindre son objectif de faire réussir tous les enfants dans un système éducatif de qualité si des écoles sont infestées de microbes. Pour rappel, lors de la réunion de rentrée qui a eu lieu le lundi 5 Septembre 2016 au Lycée Sainte Marie de Cocody, le MEN a placé la rentrée scolaire 2016-2017 sous le signe « de la réussite pour tous dans un système éducatif de qualité ». Et, pour une fois que les parents d’élèves, les têtes couronnés et les chefs religieux ont l’occasion de prendre leur place dans la gestion de la vie scolaire, ils se sont abonnés absents. A travers eux, c’est toute la société ivoirienne qui laisse l’institution scolaire seule face à son sort.

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Et à l’allure où vont les choses, si le Gouvernement continue dans sa politique de l’autruche face au phénomène des microbes, la Côte d’Ivoire nouvelle et émergente promise par les pouvoirs publics risque de donner place à une Nation infestée de microbes. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, ce sont les produits du système éducatif actuel, qui vont bâtir la Côte d’Ivoire émergente promise et non des personnes venues d’une autre planète. La crise postélectorale de 2011 a déjà montré un avant-goût de ce que peut produire un système éducatif gangrené par la violence. Soit la société ivoirienne toute entière apprend de son histoire et elle prend rapidement des mesures pour endiguer le phénomène des microbes, soit elle laisse faire. Dans ce dernier cas, qu’elle ne soit as pas étonnée de voir dans un futur proche des députés qui brandissent des couteaux ou des armes, en lieu et place de débat parlementaire à l’hémicycle.

Que faire face à ce phénomène social qui envahit de plus en plus les établissements scolaires? Donner une réponse sociale qui devra se baser sur les résultats et recommandations d’une étude sociologique d’envergure nationale. Une telle étude devrait permettre de comprendre en profondeur les causes réelles du phénomène des microbes. Et s’il a vraiment l’intention de lutter contre le phénomène, le Gouvernement ne devra pas faire l’économie d’une telle étude. C’est maintenant qu’il faut agir car demain, il sera peut être trop tard.