Don't Miss

LYCEES ET COLLEGES DE COTE D’IVOIRE : LES VIOLENCES CONTRE LES EDUCATEURS PRENNENT DE L’AMPLEUR

Crédit photo: Mme Bouet Marie Béatrice

La réussite scolaire est le fruit de l’existence d’un climat propice aux études, créé par les acteurs du système éducatif. C’est de la bonne collaboration entre des familles et de l’école, mais encore plus de celle des personnels en service dans un établissement, que ce climat se crée. Malheureusement, dans nos écoles, le regard que portent les personnels issus du corps enseignant (professeurs, ACE, etc.) sur les personnels d’éducation, particulièrement sur les Educateurs, traduit un complexe qui frise le mépris. J’ai évoqué cette non franchise de la Collaboration entre Enseignants et Educateurs dans un témoignage écrit durant mon stage, mais les événements de ces derniers jours dans certains établissements d’enseignement secondaire public, sont encore plus inquiétants. Les Educateurs se trouvent être à la merci de certains de leurs collaborateurs qui les violentent ne déplaise.

        >>>> Lire aussi La collaboration entre Enseignants et Éducateurs n’est pas très franche

Le premier cas signalé s’est produit au Lycée Municipal de Guibéroua, dans la DREN de Gagnoa, Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, le mardi 22 novembre dernier. Il s’agit d’un professeur d’Education Physique et Sportive (EPS) qui a battu un Educateur, dans son bureau, en pleine exercice de ses fonctions, et ce, en présence des élèves.

Cette information a  été rapportée dans le forum des Educateurs de la promotion 2014-2016 par une collègue, visiblement choquée par la situation. Par l’entremise de celle-ci, je suis entré en contact avec l’Educateur en question, que nous nommerons M. F. De son témoignage, il ressort que M. F. est le représentant des Educateurs dans le bureau du COGES du lycée, donc le Trésorier Adjoint, en application de l’article 14, point 6 du Décret n°2012-488 du 7 juin 2012 portant attributions, organisation et fonctionnement des COmités de Gestion des Etablissements Scolaires publics, en abrégé COGES. Conformément aux dispositions financières, à l’article 27, point 2 du même décret, le Bureau local du COGES a initié des « activités génératrices de revenus » en confectionant, après quitus de l’AG, des Tee-shirts à vendre, destinés aux cours d’EPS.

Cette initiative n’est toutefois pas du goût des professeurs d’EPS pour qui il n’a pas été prévu de quota après la vente desdits tee-shirts. Chose qui a attisé la colère de ces derniers qui, du reste, se sont mis à dresser les élèves contre le COGES, et particulièrement contre M. F. qui est chargé de la distribution des tee-shirts aux élèves. Lesquels élèves lui rapportent que « les tee-shirts ne sont pas importants » puisque leurs profs leur ont interdit de les porter pour venir à leurs cours. C’est dans cette atmosphère de défiance, où M. F. est devenu persona non grata tant pour les profs d’EPS que pour les élèves, sans le savoir, que B.A.M., professeur de sport, fait irruption dans le bureau de l’Educateur, le mardi, pour, selon lui, lui « donner un avertissement » tout en lui interdisant de prononcer l’expression « professeur d’EPS ».

Le malheur de M.F. a été de dire : « B.A.M., est-ce qu’il est mauvais de dire professeur d’EPS ? ». Il a alors reçu un « coup de pied dans le ventre » qui lui a fait perdre l’équilibre ; il s’écroule, se relève avec des « douleurs aux côtes » et a « du mal à respirer ».

Le DREN a été saisi et une réunion de crise a été prévue pour l’après-midi du mercredi 23 novembre. De même, M.F. a saisit le syndicat des personnels d’encadrement qui promet remonter l’information au bureau national. Entre temps, les cours ont vaqué toutes la journée du mercredi, car les élèves manifestent et menacent de ne pas reprendre les cours si la revendication des professeurs d’EPS n’est pas satisfaite. De toutes les façons, le désordre entré par la médiation des maîtres cencés être des modèles.

L’autre fait s’est produit toujours dans le Centre-Ouest du pays, cette fois dans la DREN de Daloa, au Collège Moderne de Gonaté, un collège de proximité. L’Educateur qui y a été affecté, a trouvé son Bureau occupé par l’ACE, lui aussi nouvellement arrivé dans l’établissement. Les locaux de l’Administration étant en finition, le Chef d’établissement demande à l’ACE de partager le Bureau avec l’Educateur. Ce que refuse catégoriquement l’ACE qui demande à l’Educateur d’évacuer les lieux. Le refus de ce dernier a été perçu comme une provocation pour le premier qui brutalise son « collaborateur » en essayant de le forcer à sortir.

Le Chef d’établissement étant absent au moment de l’incident, une réunion de crise a été prévue là également.

MON ANALYSE : Il est très fréquent de voir des Educateurs agressés, verbalement et physiquement par les élèves, les parents d’élèves, et même certains de leurs collaborateurs.

A l’origine de ce quasi mépris pour ce corps, une méprise de leur fonction. En effet, rares sont les acteurs du système éducatif qui savent avec exactitude le rôle que joue un Educateur dans un établissement scolaire. Certains comme les enseignants, les ACE, et même (malheureusement) des CE ne leur concèdent (avec réserve d’ailleurs) que le service administratif et de surveillance. Plusieurs parents d’élèves leur dénient complètement le rôle d’encadrement et d’éducation et ne voient pas l’opportunité de répondre par exemple à la convocation d’un Educateur. Les élèves eux-mêmes voient en l’Educateur un « professeur de travaux manuels », un « distributeur » de billets d’entrée et de sortie, le « gardien de l’école » qu’on retrouve tous les matins au portail. Il n’est pas rare d’entendre des : « ceux-là, ils font quoi de bon et puis ils sont A3 même » de la bouche des enseignants pour qui la catégorie A des fonctionnaires de l’Education Nationale doit être réservée au seul corps enseignant.

Tous ces préjugés et stéréotypes ont pour conséquence un mépris de plus en plus aigu et manifeste de l’Educateur. Il subit les injures et des menaces à longueurs de journées. Pourtant, sans Educateur, un collège ou un lycée pourrait-il fonctionner correctement ?

Animateur principal de la communauté scolaire, coach, psychologue, administrateur, l’Educateur est le maillon le mieux outillé dans la chaine école, pour la rendre plus dynamique et plus éclatante. Si seulement, il était vu comme tel, s’il retrouvait sa véritable place dans l’école ivoirienne, plusieurs de ses maux seraient au moins atténués sinon éradiqués, pourquoi pas.

C’est pourquoi, le Ministère de l’Education Nationale doit se pencher sur ce problème ; il doit définir (sinon redéfinir) clairement le rôle de l’Educateur en milieu scolaire, lui définir un cadre juridique qui lui permettra d’agir librement (dans les limites de ses compétences) afin de lui donner de mieux organiser l’espace scolaire pour lui insuffler un souffle de vie propice à l’apprentissage et à l’épanouissement des élèves à lui confiés. N’est-ce pas qu’animer, c’est donner vie ?

Pourtant l’instant, ce que je constate, c’est que le métier d’Educateur est le plus dangereux au monde. Dans l’armée même, il y a un temps de guerre et on sait l’ennemi. L’Educateur lui, est exposé, toujours, à tous, subissant tout sauf ce qui est digne, juste pour former le citoyen de demain.

Doh Koué