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ONDEFIDOUO : COMMENT FONCTIONNE UN COLLEGE QUI N’EST PAS ENCORE CONSTRUIT

Crédit photo: NKH

Affectés récemment dans plusieurs lycées et collèges du pays qui les attendaient avec impatience, les professionnels de l’éducation de la promotion 2014-2016 sortis de l’ENS Abidjan, n’ont pas connu le même sort sur le terrain. Pendant que certains ont trouvé des établissements existant depuis longtemps ou flambant neufs bien équipés, d’autres ont atterri dans des chantiers qu’ils auront peut-être la charge supplémentaire de conduire à leur terme. De ces derniers est N’Goran Kouamé Hyacinthe qui, à son arrivée sur son lieu de service, un collège de proximité, a été surpris de n’y trouver aucun bâtiment dudit collège.

Dans cette interview, il nous dit comment, l’effet de surprise passé, ils s’y prennent, son Chef d’établissement et lui-même, pour rendre effective la rentrée scolaire 2016-2017 au Collège Moderne d’Ondefidouo.

 

Pouvez-vous vous présenter?

Je me nomme à l’état civil N’Goran Kouamé Hyacinthe. Educateur de la promotion 2014-2016, nouvelement  affecté au Collège moderne d’Ondefidouo, dans la DREN de Bouna, au Nord-Est de la Côte d’Ivoire.

Et comment vous sentez-vous dans votre nouvelle fonction?

Je suis très heureux d’être enfin en fonction dans mon établissement d’affectation après tant de tractations et de longs jours d’attente. Je dirai qu’enfin je me vois utile, prêt à servir mon pays avec amour et abnégation.

Sur le terrain, les réalités confortent-elles votre amour pour le métier et votre abnégation ?

Les réalités m’ont certes surpris, mais n’ont pas entaché cet engouement que j’avais avant mon affectation. Pour moi, aucun début n’est facile, aucun début de carrière ne se dessine exactement comme on l’aurait souhaité. Il faut juste savoir s’adapter à sa nouvelle situation en cherchant les voies et moyens de l’améliorer.

Justement, quelles sont les infrastructures dont vous disposez actuellement, et comment avez-vous pu rendre effective la rentrée scolaire 2016-2017 (si c’est le cas)?

Nous avons été surpris de constater, à notre arrivée, que l’établissement censé nous accueillir n’était pas encore construit. Nous avons dû négocier les locaux de la 2e école primaire du village afin d’y démarrer les cours. Cet établissement compte 3 salles de classe. À l’heure où je vous parle, nous utilisons une seule salle, en attendant de trouver un point de chute pour les élèves du primaire ; un bâtiment prévu à cet effet est en train d’être rénové.

À ce niveau il faut saluer l’implication du DREN (Directeur Régional de l’Education Nationale, Ndlr) de Bouna et du Principal du Collège Moderne d’Ondefidouo qui ont eu des rencontres avec les villageois avant même notre arrivée ici.

Je suppose que c’est vous et le Chef d’Etablissement qui formez l’Administration du Collège. Comment vous y prenez-vous pour travailler, sans bureaux ?

Ce n’est vraiment pas facile. Pour l’heure, nous avons droit à une seule salle de classe pour les cours. Pourtant, il était prévu 2 classes de 38 élèves. Pour le moment, nous avons donc dû mettre tous les élèves ensemble.

Quant aux bureaux, eh bien, le Principal et moi n’avons d’autre choix que de faire sortir des tables-bancs et de nous y asseoir dehors, à l’ombre, espérant qu’il ne pleuve pas.

Dans toutes ces conditions, vous vous dites toujours motivés. Que prévoyez-vous (le CE et vous), pour y remédier le plus tôt possible, puisqu’il peut pleuvoir à tout moment, la saison de l’harmattan est aussi imminente ?

En appelant, de tous nos vœux, la reprise des travaux de construction de notre collège, nous espérons pouvoir occuper les 3 salles de l’établissement jusqu’au retour des congés (de Noel et du nouvel an, Ndlr).

Ainsi une salle pourra nous servir de bureau, et les deux autres serviront  aux cours.

Très sincèrement, n’avez-vous pas envie de quitter Ondefidouo le plus vite possible ?

Honnêtement je n’ai jamais imaginé être affecté dans un établissement non construit. Mais les réalités du terrain m’ont permis de comprendre que nul n’est maître de l’avenir. Quant au départ de ce lieu, je crois que ce n’est pas encore le temps d’y penser.

Vous êtes pionniers d’une œuvre difficile à bâtir, peut-on dire. Qu’est-ce que vous pouvez dire à vos collègues qui se trouvent plus ou moins dans même situation de travail que vous ?

J’aimerais dire à mes collègues qui se retrouvent dans cette situation difficile, où les établissements d’affectation ne sont pas construits ou bien dont l’accès est un véritable parcours de combattants, que notre situation est inouïe. Elle est nouvelle. Ce n’est pas pour autant que nous allons baisser les bras. La grandeur d’un homme c’est de pouvoir surmonter les difficultés auxquelles il est confronté dans son vécu quotidien ; ce n’est pas en les fuyant.

L’histoire retiendra que nous avons été les pionniers dans la réalisation d’une œuvre quasi impossible à l’origine.

Quelle est votre priorité actuelle en matière d’éducation, si on en revient à votre tâche d’Educateur ?

Ma priorité en ce moment, c’est de contribuer humblement à inculquer l’amour de l’école à une population qui semble ne pas vraiment y attacher du prix ; il s’agit pour moi de donner une chance à ces nombreux enfants assoiffés d’éducation mais qui, faute de structures d’accueil, sont délaissés.

En tant que professionnel de l’éducation, je fais consciencieusement mon travail tout en faisant connaître mes conditions afin qu’elles s’améliorent.

En tout cas, nous vous disons merci pour votre disponibilité. Nous vous souhaitons beaucoup de courage. Tout début est difficile mais avec l’optimisme qui est le vôtre, avec l’appui du CE et des autorités telles que le DREN, tout rentrera dans l’ordre. Bonne carrière à vous.

Merci infiniment pour cet entretien. Espérons que les choses aillent dans le bon sens pour le bien-être de tous !

Interview réalisée par Doh Koué