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Philippe Batreau: l'éthique des logiciels libres

Nous connaissons déjà tous les raisons économiques et techniques qui
poussent à choisir le logiciel libre :

– l’argument financier : si le logiciel libre ne veut pas forcément
dire gratuit, car il y a des coûts d’implémentation et de formation,
le logiciel libre revient forcément moins cher que l’achat de licences
coûteuses pour des logiciels propriétaires à fonctionnalités
similaires.
– l’argument technique : le logiciel libre suppose un standard
interopérable et ouvert, un code accessible, une communauté de
développeurs qui garantit la pérennité du logiciel,

Ces deux arguments peuvent être développés plus longuement et
apparaître comme des bonnes raisons de faire le choix du logiciel
libre dans l’Education. Ici la médaille a son revers. Ce sont aussi
des arguments qui se placent sur un terrain où les défenseurs du
logiciel propriétaire peuvent se trouver : des licences éducation
proposent des logiciels propriétaires à moindre coût et les logiciels
propriétaires peuvent présenter une certaine robustesse technique qui
justifie aux yeux de certains un coût plus élevé.

Ainsi, se placer exclusivement sur le terrain de l’avantage financier
et technique ne suffit pas. Les logiciels libres portent en eux
d’autres atouts, notamment et surtout celui d’une certaine éthique,
d’une méthode de conception, d’une organisation collaborative du
travail, du souci du partage pour arriver à l’efficacité recherchée.

A l’heure où des pays comme la France veulent réintroduire
l’enseignement de la morale à l’école, le logiciel libre porte en lui
le gène de l’éthique, est constitué d’un ADN collaboratif que l’on
souhaite contagieux vers les élèves et étudiants.
Le logiciel libre est l’exemple typique de comportement voire
constitue une brique de la société collaborative qui émerge sous nos
yeux, système concurrent du mercantilisme individualiste érigé en
valeur suprême.

Le logiciel libre s’élabore, se crée, se fabrique grâce à une méthode
collaborative, participative ou contributive.
Ce mode de production est porteur d’une éthique que l’on retrouve dans
les caractéristiques du logiciel libre.

Si l’obsolescence programmée enrobée de marketing reluisant est trop
souvent un mode de production de la société de consommation, le
logiciel libre s’en démarque avec pour seule finalité de répondre aux
besoins de l’utilisateur final.

Le modèle de production communautaire du logiciel libre est porteur de
sens dans la mesure où il fait émerger les talents et reconnaît la
contribution de chacun sur le critère de son seul mérite – contributif
– et non sur un contexte ou une origine.

La co-construction du logiciel libre démontre qu’il est possible de
construire le réseau, ses outils, le système et non pas subir des
modèles voulant imposer une dépendance.

Cette liberté qu’enseigne le logiciel libre ne va pas sans
responsabilité et cette indépendance responsable que confère ce
modèle, c’est le début de l’âge adulte, ce à quoi doit préparer
l’éducation. L’âge numérique dans lequel nous entrons ne pourra être
un âge adulte que si nous nous y préparons par une éthique de la
liberté et de la responsabilité, les logiciels libres en sont une
voie.

Une contribution de Philippe Batreau, DG Epistrophe et Président Age Numérique

  • Dominique Filatre

    La question est de savoir si nos états sont d’abord des institutions démocratiques, avec des préoccupations naturellement éducatives, ou s’ils sont d’abord des acteurs économiques avec des alliances indubitablement capitalistes.

    • http://twitter.com/MIANSEH Antoine MIAN, Ph.D.

      Question existentielle! Parce qu’en même temps qu’on parle de liberté dans l’éducation, on travaille avec des ressources et logiciels propriétaires…

    • http://www.facebook.com/philippe.batreau Philippe Batreau

      C’est une question de rapport de forces.
      Il faut que les défenseurs des préoccupations éducatives soient plus forts que le lobby mercantile. Militer pour le logiciel libre, c’est porter cette espérance.

      • http://twitter.com/MIANSEH Antoine MIAN, Ph.D.

        Le fait que souvent si dans le discours des politiques, ils sont défenseurs des préoccupations éducatives, dans les faits, ils travaillent avec les lobby mercantile…