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Table ronde Éducation à AWF : je suis passé de l’état de choc à un état d’espoir

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Cet après-midi du 29 novembre 2016, à l’invitation des organisateurs de la 3è édition de African Wab Festival (AWF), j‘ai modéré une table ronde Éducation portant sur le thème E-Education : ce que la technologie numérique apporte à l’Afrique. Cette table ronde a réuni trois personnes ressources dont 2 représentants du secteur public et un du secteur privé. Pour le secteur public, il y avait M. Aboubakar Coulibaly, Directeur des Technologies et des Systèmes d’Information (DTSI) au Ministère de l’Éducation Nationale (MEN) et M. Alphone Bayala, Directeur des travaux à l’Agence Nationale du Service Universel de Télécommunication (ANSUT). Le représentant du secteur privé était M. Thierry N’Doufou, DG de Qelacy. Durant une heure qu’a durer la table ronde, je suis passé d’un état de choc à un état d’espoir.

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Je suis entrée en état de choc lorsque j’ai appris de l’intervention du DTSI du MEN que, c’est seulement en juillet 2016 que le ministère s’est doté d’une Direction des Technologies et des Systèmes d’Information. Pourtant en application du projet e-Éducation, déjà en 2012 le Président de la République avait signé un décret intégrant les TICE comme discipline dans le système éducatif ivorien. Cela peut vouloir dire depuis tout ce temps, la question des TIC au niveau du Ministère n’avait pas un vrai point d’encrage. Mon choc a été total lorsqu’au cours de l’intervention du Directeur des travaux de l’ANSUT, j’ai appris que depuis le lancement du projet e-Éducation en 2012, seulement 26 établissements, dont 16 au MEN et 10 au Ministère de l’Enseignement technique et la Formation Professionnelle (METFP), ont été équipés en matériels TIC. Tout calcul fait, et en restant optimiste, cela donne un ratio de 4 établissements du MEN équipés par année. Et selon certaines indiscrétions au niveau de ce Ministère, la majorité des établissements équipés ne seraient pas fonctionnels, ce qui causerait des grincements de dents. Selon les chiffres du MEN, la Côte d’Ivoire compte actuellement 12 986 établissements scolaires publics dont 12 537 au primaire et 409 au secondaire. Toujours selon les chiffres du MEN, seulement 32% des établissements du secondaire ont une salle multimédia. A cette cadence, il faudra au minimum environ 3 214 années à l’ANSUT pour équiper tous établissements du primaires et du secondaire de la Côte d’Ivoire. Au niveau de l’Enseignement Supérieur, l’interconnexion et la connexion internet dans les Universités n’existent que théoriquement. La réalité est que rares sont les points d’accès à internet sur les campus. De sorte que les étudiants dotés d’ordinateurs à travers le projet « 1 étudiant, 1 ordinateur » ne peuvent pas accéder aux ressources en ligne sur les campus.

Malgré ce tableau sombre, l’espoir semble tout de même permis. En effet, L’intégration des TIC dans le système éducatif ivoirien ne pourra se faire sans la mise en place d’un solide partenariat avec le secteur privé. Les deux représentants du secteur public l’ont bien reconnu. C’est dans cette veine que le DTSI du MEN a lancé un vibrant appel aux acteurs du secteur privé de façon générale et aux concepteurs de contenus éducatifs locaux en particulier à prendre à bras le corps la question de la production de contenus numériques éducatifs. Pour lui, l’intégration des TIC en éducation est une opportunité pour la création d’un écosystème du numérique pourvoyeur d’emplois. Ainsi a-t-il encouragé les acteurs locaux du secteur de l’éducation et du numérique à passer du stade de consommateur à celui de producteur de contenu et donc de richesse pour le développement de la Côte d’Ivoire. Le DTSI du MEN à la fin de son intervention a insisté sur le fait que le rôle du Ministère sera de mettre en place des politiques adéquates pour faciliter le travail de production de contenus locaux par les acteurs du secteur privé. Pour répondre à l’appel du pied lancé par le MEN, le DG de la compagnie technologique Qelacy a dans sa présentation mis en exergue les résultats probants des expérimentations de la solution numérique à travers quatre pays d’Afrique que sont la Côte d’Ivoire, le Congo Brazzaville, le Maroc et le Sénégal. Pour faire face à la problématique de l’accès à l’électricité, le DG de Qelacy a présenté un cartable solaire développé par un entrepreneur ivoirien. Le fait que le promoteur de Qelacy présente à cette tribune ce cartable est aussi un signe d’espoir. Cela démontre que les entrepreneurs locaux ont déjà compris l’importance de l’écosystème. Il a terminé ses propos en insistant sur le fait que sa compagnie se lance désormais dans la production de contenu éducatif en alphabétisation, en éducation de base et dans les langues vivantes.

C’est vrai, il y a une politique nationale pour l’intégration des TIC en éducation en Côte d’Ivoire. C’est tout aussi vrai que la mise en œuvre de cette politique n’est pas à la hauteur des attentes des acteurs. Mais les interventions que j’ai entendues cet après-midi donnent à espérer. J’espère vraiment que les Ministères compétents ne vont pas une fois encore trahir leurs engagements.

Crédit photo Jeff Aman