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Yacouba HIEN: vers la disparition des series scientifiques? Droit de réponse à Guillaume Yao

Yacouba HIEN 1Depuis la proclamation des résultats des examens Brevet d´Etude du Premier Cycle ( BEPC) en Côte d´Ivoire, par la Direction des Examens, Concours et de l´Orientation (DECO), nous avons assisté dès le 1er juillet a une euphorie de joie dans le monde éducatif. Surtout que les résultats de la présente année sont meilleurs à ceux de 2012 qui étaient de 17,14 %. Cette année, nous sommes à 40,17% d´admis.

Quelques jours plus tard, le journal « Notre Voie » écrivait que le ministère « offrait » le BEPC à des « dozos » car pour avoir ce diplôme il fallait avoir au minimum 80 points (sic). Puis une levée de boucliers contre ce minimum qui fait l´apologie de la médiocrité.

Venant d´un journal, je comprends parfaitement cette interprétation. Par contre, lors d´échanges sur les réseaux sociaux j´ai pu constater que le personnel du monde éducatif partageait cet avis avec d´autres arguments.

La contribution de M. Guillaume Yao professeur de Mathématiques appliquées à la gestion et titulaire d’une Maîtrise en Sciences de l’Education option évaluation   m´emmène à défendre une position contraire à la sienne et apporter une clarification sur deux concepts clefs: le BEPC et la classe de seconde puis répondre à ses inquiétudes sur une possible disparition des séries scientifiques en Côte d´Ivoire.

1. Le BEPC

Dans la contribution de M. Yao je note une confusion entre l´obtention du BEPC et l´orientation en classe de seconde.

Le Brevet d´Etude du Premier Cycle (BEPC) est le diplôme qui couronne le parcours du premier cycle; c´est-à-dire de la classe de sixième à la classe de troisième.

Cette année le nombre total de points en jeu était de 160 points repartis comme suit:

Disciplines Total de points Coefficient
Composition Française 20 1
Orthographe 20 1
Mathématiques 20 1
Sciences Physique 20 1
Oral d´Anglais 20 1
Anglais Ecrit 20 1
Education Physique Sportive (EPS) 20 1
Discipline tirée au sort 20 1
Total 160 8

Faisons remarquer que la discipline tirée au sort cette année parmi les autres au programme de la classe de 3è ( Science de la Vie et de la Terre, Histoire-Géographie, Education Civique et Morale est la langue vivante 2 ( Allemand ou Espagnol).

Sur la base du tableau ci-dessus, pour avoir le BEPC, le candidat doit obtenir au moins 80 points. Les années antérieures, il fallait avoir 140 points sur 280 possibles pour obtenir le BEPC.

Essayons de comprendre les propos de M. Yao, qui après la joie du succès de son fils, a commencé à avoir des regrets sur la base des deux exemples qu´il nous donne:

  • Notes en maths 03, physique 05, résultat : admis au BEPC avec 81 points
  • Notes en maths 14, physique 12, oral anglais 8, écrit anglais 5, résultat : échec

Ce sont deux exemples parmi tant d’autres qui m’ont amené à cogiter sur l’équité de la mesure de l’unicité des coefficients (mesure Kandia). Et de conclure que cette mesure est simplement un leurre, elle n’est pas appliquée en réalité.

Les deux exemples de M. Yao lui permettent de faire une observation subjective. Parce que 6 notes manquent à son premier exemple tandis qu´il manque 4 notes au deuxième exemple. Bien que n´étant pas mathématicien,  je me suis essayé au calcul pour déterminer le reste.

Le premier élève qui a eu 03/20 en Maths, 05/20 en physique et un total de 81 points a dû « grignoter » 73 points entre les 6 autres disciplines ( Composition Française, Orthographe, Langue Vivante 2, EPS) soit une moyenne de 12,16/20 par discipline pour avoir son BEPC.

Par contre le deuxième élève, avec 14/20 en Maths, 12/20 en Physiques, 08/20 à l´Oral d´Anglais et 05/20 à l´écrit d´Anglais aurait dû chercher les 41 points manquants entre 4 disciplines (Composition Française, Orthographe, Langue Vivante 2, EPS) soit 10,25/20 par discipline.

Avoir un coefficient unique pour toutes les disciplines de l´examen du BEPC est-il un leurre comme le dit si bien M. Yao? Car pour lui, le Français et l´Anglais ont chacune un coefficient 2.

M. Yao refuse de dire que l´évaluation des langues est orale et écrite. Que les compétences écrite et orale en Anglais soient indépendantes est donc objectif.  Ce qui n´est pas le cas des disciplines comme les mathématiques, les sciences physiques. Ou du moins pas pour le moment. M. Yao voudrait-il avoir un titulaire du BEPC qui ne soit pas en mesure de parler l´anglais de niveau 3è? De même que l´on évalue l´orthographe de l´élève et sa capacité à bien rédiger un texte en Français car cela l´aide bien à mieux exprimer sa pensée dans les autres disciplines ( Maths, Sciences Physiques etc..)

Lors de sa cogitation sur l´équité de la mesure de l´unicité des coefficients (mesure Kandia Sic), je m´interroge réellement quel Moi(s) de M. Yao y a/ont participé? Le Moi enseignant, Le Moi parent d´élève, Le Moi syndicaliste, Le Moi politique etc. ? En effet, derrière un texte se cache toujours Un ou plusieurs Moi(s). Pour ma part, il ne s´agit pas d´une contribution du Moi enseignant de M. Yao. Sinon, il devrait savoir que l´obtention du BEPC n´entraîne pas facto l´orientation en seconde.

En somme, disons simplement que le fait d´avoir le BEPC avec 80 points/160 n´est pas un problème en soi. C´est un choix effectué par le Ministère de l´Education de Cote d´Ivoire. D´autres systèmes éducatifs évaluent sur 10 ( Espagne), ou encore avec les A,B,C,D,E,F ( Anglo-Saxons). Et il n´y a pas raison de s´alarmer parce que le coefficient est le même pour toutes les disciplines. Maintenant que le BEPC est en poche, venons-en aux conditions d´entrée en Seconde qui constitue la deuxième partie de notre réplique à M. Yao.

2. L´orientation en classe de seconde

M. Yao est-il fondé à se demander si les critères d’orientation dans les séries A, B, C, T, G, H seront-elles revues ?», « les séries scientifiques pourront-elles résister à ces nouvelles contraintes ?»

Dans sa contribution, M. Yao ne nous indique nulle part les critères d´orientation en vigueur dans les séries qu´il énumère. Par contre, il se demande si ces critères seront revues. Pour le savoir, M. Yao aurait dû nous monter l´existant.

La première question aurait été pertinente si M. Yao nous disait si un même coefficient pour tous les disciplines au BEPC avait une incidence avérée sur l´orientation en classe de seconde. Et si oui? Comment cela affecterait l´élève candidat à l´orientation en classe de seconde?

De ce que je sais et j´ai pu lire, le mode de calcul des disciplines d´orientation en seconde apparaît  dans le tableau ci-dessous:

Disciplines Moyenne Annuelle/20 Note du BEPC/20 Moyenne Annuelle+ Note du BEPC/40 Coefficient Total avec Coefficient
Maths 2 80
Composition Française 2 80
Sciences Physiques 1 40
Anglais 1 40
Total 240

Du tableau précédent, est-ce objectif de dire comme M. Yao que les matières littéraires (français et anglais) sont les seules matières d’orientation vue l’importance de leur coefficient? Je répondrai par la négativecar ce tableau indique clairement que les critères d´orientation en seconde n´ont rien à voir avec l´obtention du BEPC.

En effet, pour l´orientation en seconde, notre système éducatif prend en compte deux types d´évaluation: l´évaluation continue et l´evaluation de l´examen. L´evaluation continue est celle qui a lieu tout au long de l´année scolaire et consignée dans le livret scolaire de l´élève, tandis qu´à l´examen la copie du candidat est anonyme. En plus, on note clairement que les Maths et la Composition Française ont chacune coefficient 2, tandis que les Sciences Physiques et l´Anglais ont coefficient 1 pour l´orientation en classe de seconde.

Dans l´enseignement général jusqu´en 2009, à moins qu´il n´y ait eu changement cette année, les critères d´orientation en 2deA ou en 2de C sont les suivantes:

Disciplines 2deA 2de C
Maths 16/40 22/40
Composition Française 22/40 16/40
Sciences Physiques 16/40 20/40
Anglais 20/40 16/40

M. Yao est-il en droit d´alarmer les parents d´élèves en ces termes « chers parents, vous aviez dès maintenant intérêt à ce que vos enfants soient de très bons littéraires, « condition nécessaire et suffisante », pour les voir passer du 1er cycle au second cycle secondaire ou du moins pour acquérir leur diplôme du 1er cycle ».

Encore une fois, je dirai non, car les parents d´élèves peuvent dès maintenant sur la base des différents tableaux savoir la filière de leur progéniture pour ce qui concerne l´enseignement général. D´ailleurs, le parent d´élève devrait s´y intéresser un peu tôt afin de mieux suivre et orienter le cursus de sa progéniture et non attendre uniquement la période d´orientation pour s´alamer.

Et puis est-ce être « très bons littéraires » que d´avoir 16/40 en Composition Française et 16/40 en Anglais pour être orienté en 2de C? Dans quelles langues sont dispensées sont dispensées les Maths, les Sciences Physiques etc. en Côte d´Ivoire? En français! Combien sont-ils les élèves de séries scientifiques qui minimisent les langues ( Français, Anglais)  au second cycle?

3. Vers la disparition des séries scientifiques en Côte d´Ivoire?

Après avoir démontré dans les deux  points précédents que l´obtention du BEPC n´entraîne pas de facto l´orientation en Seconde régie par des critères, dans cette dernière partie nous tâcherons de rassurer M. Yao sur ces peurs lorsqu´il se demande si « nous pouvons toujours rêver de voir sortir de nos écoles des médecins, des pharmaciens, des vétérinaires, ingénieurs de conception, mécaniciens, pilotes, économistes, techniciens de labo, prof de maths, informaticiens, et si nous assisterons à la fin d’existence du lycée scientifique, de l’INPHB ?

Encore une fois, ma réponse est NON. Rassurez-vous M. Yao nous pouvons toujours rêver de voir sortir de nos écoles des médecins, pharmaciens, vétérinaires, ingénieurs de conception, mécaniciens, pilotes, économistes, techniciens de labo, prof de maths, informaticiens. Nous continuerons d´en avoir tant que notre système éducatif sera performant. Comme ces professions sont citées comme scientifiques, je voudrais rappeler que plus de 50 % de leurs publications sont en Anglais, et le Français viendrait peut-être après le mandarin, l´espagnol et le portugais. Combien parmi nos scientifiques parlent couramment l´Anglais, publient en Anglais? Très peu sont nos scientifiques qui participent à des congrès internationaux et peuvent faire une présentation sans l´aide de traducteurs. Quid de nos étudiants scientifiques qui ne peuvent faire des recherches dans leur disciplines à cause de leur niveau langue très bas en Anglais.

Au lieu d´avoir le complexe des langues, j´invite le monde éducatif à avoir un minimum d´égard pour l´Anglais et les autres langues. À commencer par le Français qui est notre langue d´apprentissage. Nos scientifiques doivent très bien la connaître d´abord. Car c´est la porte d´entrée à d´autres connaissances.

Comme M. Yao a parlé du Lycée Scientifique, de l´INPHB comme la crème des séries scientifiques qui y sont affectées, je pense humblement qu´il y a une injustice à réparer pour nos benjamins de séries littéraires. Qui ont le talent des langues, de la littérature en somme des sciences humaines et sociales et n´ont aucun établissement spécifique qui leur permette de développer leurs aptitudes de créativité. Dans ce cadre, le Lycée Scientifique pourrait accueillir les meilleurs élèves des séries dites littéraires afin de mieux les préparer pour les études supérieures spécifiques. Des écrivains, poètes, artistes, peintres à 18 ans il en existe ailleurs pourquoi pas chez nous en Côte d´Ivoire.

Il en est de même pour l´INPHB au niveau de l´Enseignement Supérieur. Car littératures, sciences humaines, sciences sociales, mathématiques, médecine sont toutes des SCIENCES dont la Côte d´Ivoire a besoin dans sa quête de co-construction.

M. Yacouba HIEN

Ex-Enseignant d´Espagnol

MBA, Master en Intervention Psychologie Sociale

Doctorant en Psychologie Sociale

  • SMK

    Logique et cohérent, j’aime!

  • guillaume yao

    belle
    contribution de la part du Sieur Yacouba Hien!!! les notes obtenues à
    l’examen du BEPC compte pour 2 points contre 1 point pour la note de
    classe!!! n’oublions pas que l’objectif majeur de tout élève de la
    classe de seconde est l’obtention du précieux diplôme, ensuite suit
    logiquement son orientation!!! logiquement, dans l’optique d’obtenir ce
    précieux sésame, tenant compte des coefficients d’évaluation des
    différentes matières de composition, l’élève est condamné à être plus
    performant dans les matières à gros coefficient que sont l’anglais et le
    français qui nous conduisent droit vers les séries littéraires lors des
    orientations en seconde!!! les coefficients conditionnent les
    performances scolaires de nos élèves dans les différentes matières
    d’enseignement, M.Yacouba Hien!!! la question est de savoir  » est-ce
    qu’un élève peut être orienté en série scientifique malgré ses bonnes
    performances en littéraires et ses piètres performances dans les
    matières scientifiques juste pour permettre l’existence des séries
    scientifiques? »

    • Yacouba HIEN

      Je vous remercie pour votre retour. Il est bon de dissocier le BEPC en tant que diplôme de l´orientation en 2de. Tant que cette distinction n´est pas faite, il sera difficile de nous comprendre.
      Avant de poursuivre, sommes-nous d´accord sur les critères d´orientation en 2deA et 2de C?
      Si oui, je vous rappelle que les disciplines d´orientation sont les maths, les sciences physiques, la composition Française et l´Anglais. Comme vous constaterez dans le tableau, l´orthographe n´apparaît pas encore moins l´oral d´anglais.

      Pour finir, l´orientation en série scientifique d´un élève répond aux critères qu´il doit respecter. Pour la 2de C, il devra avoir 22/40 en Maths, 20/40 en Physique, 16/40 en Composition Française et en Anglais.
      Cordialement

  • Sj meister

    M. Yacouba Hien, je vous felicite pour cette tres belle reponse au precedent article. Vous avez parfaitement decele les impertinences de son analyse et avez donne les orientations adequates. Heureusement qu’on trouve encore des hommes capable d’aller en profondeur du sujet dans leurs reflexions. Chapeau !!

  • DGSS

    Belle analyse.

    Moi je suis pour une création nouveau critère d’orientation. Une troisième série dès la classe de 2nd. Dire 2nd D permettra de refouler cette idée qui semble tellement avérée. La série D (la classe de 1ière D) est un dépotoir. Car en effet, de même que la série A a pour base la littérature (les langues vivantes) et la série C les Mathématique et la physique, il est nécessaire de créer un autre critère d’orientation avec une troisième série dite série D (telle je l’ai nommé) avec pour base d’orientation les SVT (Biologie, Géologie, Physiologie, …) et les Mathématiques.

    En effet, les SVT sont les matières de base des métiers très pointus tels que médecins, l’Agronomes, Géologues, Botanistes, Généticiens… qui sont en plus de l’informatique appelés les métiers d’avenir.

    • Antoine MIAN, Ph.D.

      C’est clair qu’il faut redefinir de nouvelles façons de calculer la moyenne d’orientation et peut être une nouvelle série à partir de la sefonde.

  • Bivitch

    Est-il vrai que le Francais: ecrit et Oral font en combine coefficient 2 a l’examen du BEPC alors que les maths eux restent a 1? Si tel etait le cas, alors au finish le profil litteraire pèserait plus lourd que le scientifique en classe de 3ème. Les littéraires auraient plus de chance de décrocher le BEPC.

    • Antoine MIAN, Ph.D.

      Plutôt Orthographe et composition Française. Tout compte le coefficient de Français est toujours 2

    • Bivitch

      Lire dans mon premier post Anglais oral et Écrit. Les 2 font coefficient 2. Mon analyse reste la même. On dirait certainement qu on pousse plus l’anglais. Dans ce cas, il faudrait une vraie décision stratégique avec des aménagements beaucoup plus forts des les petites classes que le simple dosage plus important de coefficient a l exam du BEPC.

      • Antoine MIAN, Ph.D.

        C’est vrai qu’on a cette impression dès la première analyse. Espérons que ces décisions stratégiques se feront pour accompagner cette réforme du BEPC

  • Bivitch

    Les eleves de terminal A sont éligibles au concours d entrée a l’ESCAE et aux Prepas Commerce. J en ai connu venant du Lycee Classique d’Abidjan qui étaient d’ailleurs très bons et parmi les tops 5 de leurs classes respectives. Ils exercent aujourd’hui dans la profession d auditeur financier, contrôleur de gestion, Directeur Financier avec des possibilités de devenir expert comptables pour ceux que ça tente. Les carrières en Marketing, Communication, Ventes, Logistique, …etc font partie des possibilités dont disposent ces anciens mecs de A.
    A mon avis, les maths restent importantes, contribuant à forger le talent général du futur professionnel.
    Je souligne aussi qu on a une panoplie d éleves très cale en sciences qui tiennent la dragée haute aux purs littéraires.

    • Antoine MIAN, Ph.D.

      L’idée est de veiller à rénouveller le « stock » de calés en Maths. si non d’ici là on en aura plus du tout

      • Bivitch

        Oui exactement! On a toujours un besoin minimum de calcul dans les orientations après bac en dehors de celles qui sont pures lettres. Les A veulent accéder aux professions de sages femmes et infirmiers me semblent il. Mais la bas on calcule aussi! Certes la vie ce n est pas que les Maths, mais elles offrent plus de possibilites de carrières et je ne crois pas que ce soit le cas exclusif de la CI.

        • Antoine MIAN, Ph.D.

          La vie est plus pluridisciplinaire…On a besoin de toutes les connaissances pour mieux vivre dans la société

  • Bivitch

    Lire dans mon premier post Anglais oral et Écrit. Les 2 font coefficient 2. Mon analyse reste la même. On dirait certainement qu on pousse plus l’anglais. Dans ce cas, il faudrait une vraie décision stratégique avec des aménagements beaucoup plus forts des les petites classes que le simple dosage plus important de coefficient a l exam du BEPC.